Mahomet versus Beaumarchais
TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN
Ils parlent de Mahomet. On attendait donc Voltaire.
Et puis non, ce sera Beaumarchais. La caricature
du Prophète enflamme. Ici, on pare au plus pressé
en feuilletant Voltaire, là-bas, on s’arc-boute sur
l’interdit en citant les sourates. Les uns et les
autres liraient-ils Beaumarchais qu’on verrait
mieux où chacun se trouve. «Ce qu’on nomme
passion n’est autre chose qu’un désir irrité par la
contradiction», et quel désir et quelle
contradiction! Le désir de liberté dans un Occident
désormais liberticide, le désir de reconnaissance
dans un monde musulman complètement égotiste.
Nous leur parlons de liberté d’expression, ils
répondent respect de la foi, et personne ne peut se
comprendre. Nous brandissons une liberté que
nous leur refusons, ils agitent un respect qu’ils
nous dénient absolument.
Beaumarchais était plus farceur, ambitieux et
fripon que épris de liberté. Il a bellement écrit ceci:
«Prouver que j’ai raison serait accorder que je puis
avoir tort.» Quels doutes nous taraudent tellement
pour nous rendre si ardents?
Le mariage de Figaro et extrait d’une lettre sur Le
barbier de Séville, Beaumarchais, oeuvres, théâtre
complet et lettres, Bibliothèque de La Pléiade.

