L'INFO

Que faire des vieux toxicos?

Ils seront de plus en plus nombreux, mais personne ne semble
réellement s'en soucier

TEXTE: RAPHAËL MURISET

Où place-t-on les vieux toxicos? Ces personnes malades parvenues en
âge d'être placées en établissement médicosocial et qui débutent
leurs journées en ingurgitant une dose de méthadone, à défaut d'une
tasse de thé. Ces vieux d'un nouveau genre, de plus en plus
nombreux. Démonstration que, de nos jours, les toxicomanes ne
tombent plus forcément comme de vulgaires mouches, la quarantaine
sonnante. Les drogués vieillissent, et se pose la question de leur
placement en institution. Comme le confirme Yves Lanini, directeur du
secteur thérapeutique de la Fondation du Levant: «C'est un vrai
problème. Généralement, ces personnes sont placées en psychiatrie
pour une courte durée, mais on ne sait pas trop quoi en faire. Chez
nous, par exemple, on aurait des possibilités d'accueil, mais de
manière ponctuelle.» Aveu qu'il conclut en «regrettant que cette
question de santé publique démontre un très mauvais sens de
l'anticipation et qu'il serait bon d'y réfléchir avant qu'on ne soit
complètement débordé». C'est vrai qu'il n'y a pas de réaction. Ni dans
les hôpitaux psychiatriques, où l'on se contente de les accueillir dans
l'urgence. Ni dans les EMS, où l'idée de faire cohabiter de gentilles
petites grand-mères et leurs grilles de mots croisés avec des petits
vieux mal rasés, le cheveu gras qui frise dans le dos et la seringue
plantée dans le bras, est pour le moins mal perçue. Comme le
reconnaît Catherine Sidoine, directrice de l'EMS Sylvabelle: «Il y a un
problème d'acceptation de la part des autres résidants. Et parfois
même de quelques soignants qui sont désarmés face à certains
troubles du comportement associés au problème d'addiction, qui ne
saisissent pas toujours que certains résidants requièrent une
attention relationnelle particulière.» Difficile en effet de comprendre
une minorité tant que personne ne se décide à en parler. Un mutisme
que Corine Kibora, porte-parole de l'Institut suisse de prévention de
l'alcoolisme et autres toxicomanies (ISPA), impute aux moeurs: «La
vieillesse et la toxicomanie sont tous deux des sujets tabous.»
Visiblement pas les vieux qui dorment sous les ponts.

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