Joseph Deiss
TEXTE: BÉATRICE SCHAAD
«Pourquoi j'ai pensé que je devais renoncer à l'interdiction des
pitbulls? Ecoutez, docteur, ça ne s'est pas fait tout seul. C'est qu'une
question me tenaille: to be Blick or not to be Blick? Je ne dis pas to be
biblique, tout démocrate-chrétien que je suis. Mais to be tout au
Blick. Je veux dire être ou ne pas être au doigt et à l'oeil de ce
canard, à qui je souhaite une bonne grosse sale grippe aviaire. Parce
que ce torchon de boulevard, qu'en public je révère et à qui jamais je
n'oserais refuser aucune interview, dont je flatte le rédacteur en chef,
cette feuille de chou que je redoute plus encore qu'un pitbull enragé
ou pire que Babette, m'a fait dire des âneries quand le petit
d'Oberglatt s'est fait dévorer par des chiens. Interdire 13 races,
c'était absurde, je le savais. Alors bon, docteur, là où j'ai été plus fort
que Goliath, c'est quand je me suis dit, j'obéis au Blick tant que
l'émotion est là, que le petit vient de mourir, je me marche sur le
ventre, je dis le contraire de ce que je pense et je dirai ma vérité
quand le petit sera enterré depuis quelques semaines et que la
grippe aviaire l'aura chassé de l'actualité. C'était ça ou je passais
pour une lavette que je ne suis pas, vous le savez, vous, docteur,
hmmm, que je ne suis pas une lavette? Non, je ne suis pas un lâche,
une carpette, un mou, non, mais il y avait ces 175 000 signatures que
le Blick avait récoltées en quelques jours, docteur, pour faire interdire
les pitbulls, 175 0000, c'est beaucoup, docteur. Est-ce qu'en Suisse
175 000 personnes connaissent mon nom, connaissent une seule de
mes décisions, me connaissent, en fait. Sans le Blick, docteur,
répondez-moi sincèrement, est-ce que j'existe?»

