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Malaparte contre Loukachenko

TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN

«Je hais ce livre, je le hais de tout mon coeur. Il m’a donné la
gloire, cette pauvre chose qu’on appelle la gloire, mais il est en
même temps à l’origine de toutes mes misères.» C’est la préface
de Malaparte à son Technique du coup d’Etat. Il faut craindre
que l’opposition biélorusse ne l’ait pas lu et que le président
Alexandre Loukachenko, frauduleusement réélu ce week-end,
l’ait consciencieusement annoté. Les uns rêvent d’un
soulèvement populaire sans doute improbable, l’autre tient les
leviers du pouvoir. Les uns vitupèrent devant le siège des
autorités politiques, l’autre tient tout ce qui fait fonctionner un
Etat moderne.
L’idéalisme voudrait que le peuple révolutionnaire envahisse le
Parlement, Malaparte montre comment les bandes catilinaires
confisquent les centrales électriques, les gares, les centraux
téléphoniques. L’insurrection, pense Malaparte, se gagne aux
services industriels avant de se conquérir au Parlement: le
peuple l’ignore quand le dictateur le sait. Malaparte, dans un
affreux sourire: «Le propre de l’homme n’est pas de vivre libre
en liberté, mais libre dans une prison.»

Technique du coup d'Etat, Curzio Malaparte, Les Cahiers Rouges,
Ed. Grasset, 1992

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