Les Mickey du design romand
Formatés à l'Ecole cantonale d'art de Lausanne, nos jeunes
designers romands se distinguent par l'indigence et l'insipidité
de leur production
TEXTE: CHRISTOPHE FLUBACHER
On ne sait pas qui du mudac (Musée de design et d'art
contemporain de Lausanne) ou de l'Ecal (Ecole cantonale d'art
de Lausanne) est le plus grotesque dans cette histoire. L’un,
pour avoir exposé douze travaux insipides, l'autre, pour avoir
formaté les douze cornichons qui les ont crées. Invités à
repenser le décor urbain, de jeunes designers romands ont en
effet commis des prototypes dont la bêtise le dispute à la
gratuité: un miroir pour fontaine, un garde-fou transformé en
colifichet, une chaise en acier thermolaqué la plus incommode et
la plus inconfortable de toute l'histoire de l'humanité, sans
oublier une plaque d'égout stylisée par où ce fatras indigne ira se
déverser. La clé de ce gâchis se trouve dans la démarche suivie
par les auteurs qui «ont laissé libre cours à leur imagination pour
égayer le quotidien». Le design contemporain ne se pense plus, il
égaie. Il est cette part d'inutile qui se surajoute à l'utile, comme
le gratuit s'invite au milieu de la presse payante. Le design
romand relève du tape-à-l'oeil qui est à la vue ce que le tapage
nocturne est à l'oreille.
Oubliée la leçon de Piet Mondrian dont l’austérité et la simplicité
galvanisèrent le design du XXe siècle. Dans sa Composition de
1922, le peintre avait organisé sa toile autour des trois couleurs
primitives et du carré. Du mélange entre le rouge, le bleu et le
jaune naissent le vert, l’orange et le violet dont les combinaisons
engendrent la gamme infinie de la sphère chromatique. De
même si l’on segmente le carré, il donne naissance à deux
rectangles. Disposés perpendiculairement, ceux-ci forment une
croix dont la rotation génère le cercle et ainsi l’infinie variété des
formes de la nature prend son envol. Humblement, Mondrian
avait peint la matière première de la création, la soupe primitive
nécessaire à la formation de l’univers. Or, cette oeuvre
élémentaire inspira le design de L’Oréal, de la Vie Claire, du
mobilier, du prêt-à-porter et jusqu’à Yves Saint Laurent. Nos
jeunes designers romands, en revanche, devraient bien vite
tomber dans un grand trou de mémoire.

