Le mythe de la mammographie
TEXTE: JACQUES NEIRYNCK
En 1985, un radiologue hongrois, Lazlo Tabar, publiait une étude
statistique comparant deux lots de Suédoises, les unes s’étant
soumises à un dépistage du cancer du sein, les autres non. Le
résultat était clair: la détection précoce du cancer du sein réduit de
25 à 30% la mortalité. Opéré tôt, le cancer est éliminé avant d’avoir
produit des métastases mortelles. Plus tard, c’est trop tard.
Vingt ans plus tard, la mammographie est devenue une industrie. En
France, les appareils sont passés de 308 à 2500, au bénéfice des
fabricants de ces machines et des radiologues. Avec huit fois plus
d’analyses, on a détecté deux fois plus de cancers du sein. Mais le
bénéfice pour les patientes est maigre. Le nombre de décès pour 100
000 femmes est passé de 29 à 26,5. Soit 150 femmes sauvées pour
toute la France.
Un esprit soupçonneux s’est alors penché sur l’étude de l’illustre
Tabar. Il a découvert que ses statistiques étaient soit inventées de
toutes pièces, soit manipulées en faveur du dépistage. En un mot,
dépistage ou pas, le résultat final n’est guère modifié.
Plus on dépiste, plus on détecte de cancers. Mais le pronostic ne
change pas, car on découvre certains cancers qui n’auraient pas mis
la vie en danger. Et d’autres qu’on découvre très tôt, mais qui auront
une issue fatale quelle que soit la précocité du traitement.
La véritable question est donc de distinguer entre cancers selon leur
danger. Dans l’état actuel des connaissances, on en est incapable.
Alors que faire? Pour les gestionnaires de la Santé publique, il faut
renoncer au dépistage, qui coûte trop cher pour ne sauver que 150
vies. Pour chaque femme, la décision est différente: elle tient à
améliorer un tout petit peu ses chances de survie, même si cela
coûte cher.

