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L’illuminé et le déchet

TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN

«Où sont les courses à travers monts, les cavalcades, les
promenades, les déserts, les rivières et les mers? Et à présent
l’existence de cul-de-jatte! (…) Ma vie est passée, je ne suis plus
qu’un tronçon immobile.» Cela, c’est une lettre de Rimbaud,
exilé à Aden, pétrifié de douleur.
«C'était très dur pour le moral de ne pas voir le moindre rayon
de soleil. Pendant soixante jours, nous n'avons été éclairés que
par nos lampes frontales. Nous étions complètement
hypnotisés.» Cela, c’est Mike Horn, en constante liaison avec la
presse, accroché à son GPS quelque part près du pôle.
Le premier se disait négociant àHarar, l’autre se vitupère
aventurier au pôle Nord. En vérité, l’un est un instantané du
monde, illuminé de souffrance et desséché de sarcasmes, l’autre
est le détritus d’une civilisation stérile.

Lettre de Rimbaud citée par Alain Borer, «Un sieur Rimbaud se
disant négociant», Lachenal et Ritter, Paris, 1983

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