LA CHRONIQUE ANTISCIENTIFIQUE

Le métier de cobaye

TEXTE: JACQUES NEIRYNCK

Le médicament TGN 412 a été mis au point, si l’on ose dire, par
TeGenero, une firme allemande occupant quinze personnes. Il est
censé agir contre la sclérose en plaques, parmi d’autres affections.
Le résultat est décevant. Huit cobayes humains ont pénétré dans un
hôpital londonien. Six se sont retrouvés aux soins intensifs avec le
risque de ne pouvoir être sauvés. Une violente réaction du système
immunitaire a détraqué le système lymphatique. Ils ont gonflé
comme des baudruches.
Détail réconfortant: ils n’ont pas couru ces risques pour rien. Le
médicament ne vaut rien, leur calvaire le démontre. En se sacrifiant
sur l’autel de la médecine, ils ont préservé la santé de centaines de
patients. Ils ont aussi bénéficié d’un salaire décent: 5116 francs
pour ingurgiter le médicament. On connaît des gens qui risquent
leur vie pour moins que cela. Mais pourquoi les a-t-on payés si cher,
sinon pour les convaincre de supporter des effets secondaires
imprévisibles?
On aurait pu remplacer les cobayes humains par des souris
génétiquement modifiées pour acquérir les cellules du système
immunitaire humain. Mais on sait à quel point le grand public est
opposé à ce genre de manipulation, spécialement en Suisse. La
population vaudoise vient même de refuser le crédit pour construire
l’animalerie de l’Université de Lausanne, ce qui règle définitivement
le problème de l’expérimentation animale.
La logique impose donc de créer un hôpital vaudois spécialisé dans
l’expérimentation humaine. Les cobayes seraient triés au hasard
dans le comité ayant soutenu l’initiative opposée à l’animalerie. Les
firmes étrangères rémunéreraient largement ces essais si
nécessaires par un appoint généreux au budget cantonal, si mal en
point. On résoudrait ainsi deux problèmes: celui des finances et
celui d’un amour immodéré des souris.

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