LA LETTRE D'AMOUR

Mike Horn, damné foutu chieur

TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN

Mike Horn, mon damné foutu pollueur. N’y avait plus sur la
planète qu’un endroit vierge, pur, immaculé, blanc, sans taches.
Et il a fallu que tu ailles y poser tes culottes. Non, vraiment,
Mike, si c’est ça, un aventurier, l’Amoco Cadiz est l’une des plus
grandes aventures du siècle dernier et tes diarrhées de héros
autoproclamé font figure d’aimables saynètes pour dames
patronnesses.
Du reste, aventurier, c’est un grand mot, l’exploit dont nous
repaissent des journaux complaisants laisse de glace, et le héros
qui cacate par moins quarante sur la banquise désole plus qu’il
n’épate. Mais non, je suis injuste. Ton exploit épate évidemment
le monde d’aujourd’hui, c’est-à-dire qu’il nourrit une foule
d’amibes avachies, affreusement relativistes quand même elles
ignorent jusqu’au sens de ce mot qu’elles peinent du reste à
prononcer tant il comporte de syllabes. N’importe! Cette flasque
foule s’esbaudit de te voir accroupi sur une banquise, marquant
d’une traînée brune ton passage ignoble.
En réalité, il y a bien de quoi en crever, de ces faux-semblants
de faux aventuriers diarrhéiques en représentation publicitaire
jusqu’aux bords jadis inviolés du monde. Il y a de quoi en vomir,
de ces faux exploits d’adolescents attardés prônant la gratuite
liberté de chacun tout en mobilisant troupes, hélicoptères et
sponsors avides derrière leurs piètres prouesses. Il y a bien de
quoi en mourir de ce temps de fausse bravoure, de ce bordel
affreux, de ce relativisme permanent qui fait du faux l’égal du
vrai, du beau l’égal du laid, qui fait de soi la mesure de tout, de
la dignité d’humain la mesure de rien et des limites présumées
de l’homme celles de l’Univers.
En vérité, Mike, mon damné pollueur d’espaces, mon foutu
faussaire, les vrais aventuriers sont ailleurs. Leurs combats ont
de la noblesse, de l’élégance, de la droiture. Ils se battent ici ou
là pour la justice et le droit et la dignité de l’humain.
Mais on ne peut évidemment pas savoir ça, Mike, quand on
n’observe que son propre nombril, accroupi sur une banquise,
devant les caméras de toquards, si content de soi et de la trace
brune et nauséeuse qu’on laisse là pour une horrible postérité.

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