| TROUVE-MOI L'INVENTION LA PLUS CON
Votre mission, si vous l'acceptez, est de dénicher la trouvaille la
plus débile du 34e Salon des inventions. Compte-rendu de
l’opération
TEXTE: RAPHAËL MURISET
Dans la salle, quelques indices traînent encore. Deux tasses de
café tiède, les restes d’un croissant. Un feutre rouge égaré. La
réunion vient à peine de se terminer. Comme chaque semaine,
après de longues heures de briefing, celle qui dirige les
opérations a distribué à chacun sa mission. La mienne? Dénicher
l’invention la plus stupide du 34e Salon international des
inventions. Histoire de démystifier cette prétendue grand-messe
des Léonard de Vinci. Rien de très compliqué, à première vue.
Mais un faux- semblant. Quelques clics sur l'internet suffisent à
s'en rendre compte: 1000 inventions, 775 exposants, près de
9100 m2 d’exposition. La masse de lauréats potentiels est
conséquente. Trouver, parmi eux, la trouvaille la plus imbécile ne
sera pas une mince affaire. Enfin. Les ordres sont les ordres. A
peine le temps de réunir stylo, carnet, appareil photo. En route
pour la halle numéro 7 du Geneva Palexpo.
Les portes du salon sont tout juste ouvertes que déjà le peuple
s'agglutine aux caisses. Tant mieux. Dans ce genre
d'événement, le visiteur peut être fort utile – le meilleur comme
le pire ont souvent talent d'attirer, de faire parler. Bingo!
L'entrée à peine franchie, et déjà: «Eh, t’as vu le porte-verre
numéroté? Trop con!» Un candidat sérieux, en effet, que ce
Pierre Bouaziz inventeur dudit support pour verre. Manière
d’anneau en plastique à trois pieds à l’intérieur duquel se glisse
à peu près n'importe quel verre. «Cela évite qu’il se renverse
lorsqu’on y déverse du liquide avec trop d'entrain et, en plus,
mon support est numéroté, ce qui permet de reconnaître son
verre durant les soirées», explique l'inventeur. A n'en point
douter, une révolution pour tous les nombreux manchots
aveugles. Mais de facto pas plus débile que la majorité du
catalogue Vedia feuilleté la veille en guise de repère. Pas assez
crétin: invention recalée. Idem pour la nouvelle génération de
«Pampers géniaux double poche, un trou devant, un trou
derrière, lavables» exposés un peu plus loin. Et pas mieux non
plus pour les savons «double action» à poils pour se laver les
ongles de l’Espagnol José Fuentes Marin. Pour sûr, la visite sera
longue.
Près de deux heures de recherches assidues, en fait. A ce
moment, ne reste qu'une dernière rangée d'exposants qu'on
emprunte sans grande conviction. Pour cause, déjà certain de
tenir notre grand gagnant. M. Slako, membre de l’association
des inventeurs de Serbie et Herzégovine. Une perle. Sa merveille
d'invention? Un sapin en plastique dont chaque moitié de tronc,
fendue en deux, est creusée. Objectif: emballer lampadaires ou
toutes autres lampes à pied durant les fêtes de Noël. Dans le
genre plus débile qu'un produit similaire qui existe déjà, inutile,
cher à la production et commercialement sans avenir, difficile de
faire mieux. Mais c'était alors compter sans Musa Ahmad,
l'inventeur malaisien du «kit optique pour évaluer la force des
piments»: sans conteste la trouvaille la plus débile du salon.
Peut-être même de tous les salons. Une petite sacoche noire
pliante qu'on peut «facilement emmener au restaurant», assure
l'inventeur. A l'intérieur du sac, le parfait attirail du petit
chimiste: une bouteille d'alcool, une autre d'éthanol et un flacon
de «potion secrète». Mode d'emploi? Mélanger le tout dans un
bocal et tremper un piment à l'intérieur de la mixture pendant
deux minutes. Après quoi, il ne reste plus qu'à humidifier une
petite barrette en carton avec ladite potion. Celle-ci se colorera
en fonction du degré de «piquant» du piment analysé. La classe
mondiale. Et tout ça pourquoi? «Sauver ta langue!» répond
l'inventeur, avant d'ajouter que «ça c'est ce qu'il y a de plus
important». De la grande philosophie orientale. |