L’embarras des ornithologues
TEXTE: JACQUES NEIRYNCK
Depuis des décennies, les ornithologues nous sciaient les côtes avec
la protection de la gent ailée. Il fallait absolument préserver des
marais et des roselières pour que les oiseaux migrateurs trouvent
des relais dans leurs déplacements. Pas question non plus de les
abattre au passage pour en faire, comme jadis, de succulents pâtés.
Que deviendrait le monde, s’exclamaient-ils, s’il n’y avait plus de
syrrhapte paradoxal ou de jaseur boréal? Souffririez-vous de
survivre au pouillot fitis ou au traquet motteux?
A ces questions existentielles, savants biologistes et naïfs
écologistes répondaient par un appui massif à nos amis, les oiseaux
migrateurs. L’écosystème étant ce qu’il est, il fallait qu’il le demeure
en toutes ses composantes. La survie de l’espèce humaine
dépendait de celle de chacune des espèces animales, sans
exception.
Le virus H5N1 vient de battre en brèche ce mythe fondateur de la
sensibilité verte. Les oiseaux migrateurs propagent des organismes
inférieurs, bactéries, microbes, bacilles et virus. Ces parasites font
aussi partie de la nature: ils essaient bravement de survivre et de se
propager en utilisant tous les moyens de transport possibles. Dès
lors, à cause des oiseaux migrateurs, l’espèce humaine risque une
pandémie gigantesque. Celle-ci serait d’ailleurs conforme à la règle
qui veut qu’une espèce trop prolifique finisse par être contingentée
par les autres.
La mesure de sauvegarde mise en oeuvre consiste à supprimer les
élevages de volailles biologiques en plein air et à se limiter au
poulet de batterie strictement confiné. Pas écolo du tout. Mais il y
en a une autre, politiquement incorrecte: pour sauver les hommes,
on pourrait exterminer les oiseaux migrateurs.

