LA LETTRE D'AMOUR

Lumière! Hans-Rudolph

TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN

Hans-Rudolph Merz, mon entêté, mon obstiné, mon récalcitrant,
je te vois aujourd’hui dans tes soucis d’argent un peu comme
l’image même de ce Parti radical qui se rétrécit, se ratatine, se
corrode chaque jour un peu plus. Je le regrette. A ce train-là, il
n’en restera bientôt plus rien, de ce grand parti jadis populaire.
Populaire, Hans-Rudolph, ton parti était populaire. Sais-tu même,
toi le champion de la privatisation de Swisscom, ce que cela veut
dire? Populaire veut dire que les adhérents de ce parti étaient en
très grande majorité des gens émanant de toutes les couches de
la population. Les autres partis, le PDC avec les catholiques,
l’UDC avec les paysans, le PS même avaient tous leur chasse
gardée et leur clientèle particulière. Pas les radicaux. Et leur
diversité faisait leur efficacité, et leur efficacité faisait leur
succès.
Et puis, les gens comme toi sont arrivés, Hans-Rudolph,
politiciens autistes, engoncés dans des certitudes éloignées de
toute réalité politique et sociale. On vous a vus renier l’un après
l’autre tous les principes du radicalisme: le lien entre
l’économique et le social? Aux oubliettes! Désormais, il n’y aura
plus que l’économique. Le soutien aux gens modestes? Terminé!
Désormais, on se battra pour accroître les grosses fortunes et un
inique paquet fiscal quand les petits se feront étrangler.
L’ouverture économique et politique sur l’étranger? Oubliée!
Désormais, on se gèlera dans notre bunker quand nos voisins
participeront à la construction européenne. Le soutien aux PME,
c’est-à-dire au 90% du tissu économique suisse et de ses
emplois? Biffé! Désormais, on se mobilisera pour le secteur
financier. La défense de la puissance de l’Etat et du service public
que tes pairs avaient créés? Abandonnés! Désormais, on
libéralisera pêle-mêle Swisscom, le marché de l’électricité, La
Poste, les CFF, mais on laissera mourir Swissair non sans avoir
craché plus de 2 milliards qui profitent aujourd’hui aux Allemands
et à Lufthansa.
Toi et les tiens, vous tuez votre parti. Soyez assez gentils pour
éteindre la lumière quand, les derniers, vous quitterez la morgue.

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