Evangile pour aveugle politique
TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN
Le voilà qui s’en va, Joseph Deiss. Il paraît que c’était déjà décidé
le jour de sa réélection. A l’entendre, il n’aurait jamais envisagé
de demeurer en poste plus de sept années. Dont acte. C’est
gentil pour sa colistière d’alors, Ruth Metzler, jeune et pas
encore à bout de souffle, comme lui. Interrogé sur ce manque de
prévoyance, il s’en est expliqué benoîtement en disant d’abord
que tous deux envisageaient de partir avant la fin de la
législature, puis, devant les doutes exprimés, qu’il n’avait fait
qu’obéir aux voeux de son parti, résolu à garder deux sièges au
Conseil fédéral. Sans doute pensait-il la chose possible?
Il faut espérer qu’il s’agit d’un mensonge. Parce que, si c’est
vrai, il y a de quoi trembler rétrospectivement d’avoir été dirigé
sans canne blanche par une homme d’une telle cécité politique.
Pour sa proche retraite, à ses heures perdues, après confesse,
on lui recommandera d’ailleurs volontiers de relire les Evangiles,
même en braille: celui de Matthieu par exemple. «Si un aveugle
guide un aveugle, tous les deux tomberont dans un trou…»
Evangile selon Matthieu, 15, 14, Tob, Ed. du Cerf

