LA UNE

La révolution qui les ferait bander

A bas les féministes qui ont fait des hommes des femmelettes. Eric
Zemmour auteur du livre Le premier sexe en appelle à la révolte des
mecs. Qui répond présent?

TEXTE: NATHALIE DUCOMMUN, collaboration Ariane Dayer

La révolution des mâles, voilà tout bonnement ce qu'il reste à faire.
Badaboum. Dans Le premier sexe, Eric Zemmour se lâche. C'est toute
la frustration du mec spolié par des années de féminisme. Ras-le-bol,
oui, de cette «féminisation» des mâles. Les hommes s'épilent, se font
conseiller le look par les homos et se comportent comme des femmes.
Horreur. Et les femmes, pire encore, comme des hommes. Vous
rendez-vous compte que certaines envisageraient même de briguer la
plus haute place du pouvoir, la présidence de la France? Alors voilà,
l'heure de la révolte a sonné. Il est temps que l'homme redevienne
«un prédateur sexuel». Qu'il ose à nouveau coucher avec la femme
par désir, et non seulement par amour et par sacralisation du couple.
Temps que les hommes redeviennent des mâles, des vrais.
Alors...? Vendu! Le livre de Zemmour est carrément en rupture de
stock. De Thierry Ardisson dans Tout le monde en parle à Patrick
Fischer dans Mise au point, les plateaux télé s'arrachent celui qui, à
première vue, choque, énerve. Mais qui surtout, en secret, subjugue.
«Enfin, il y en a un qui a osé! lâche de sa voix toute mâle, le
journaliste d'Infrarouge à la TSR, Michel Zendali. Qui a osé dire ce
qu'on se dit sous cape entre nous, entre mecs.» Un livre qui fait du
bien, donc. «Ça fait dix ans que j'entends les femmes se plaindre
qu'elles ne trouvent plus de vrais mecs», constate cet autre
journaliste de Suisse romande. «Rien de nouveau sous le soleil, mais
n'empêche que le constat de ce livre est juste. Et il faut que ça
change!» «La marche des machos» comme chantait Karen Cheryl
dans les années 1980, c'est pour aujourd'hui, alors? Parole aux
potentiels Zemmour de Suisse romande.

Bloc 1: QUI SONT-ILS?
N'est pas Zemmourien n'importe quel macho qui veut. Mais deux
figures de proue tout de même.
1. Le genre macho séducteur italien. La quarantaine passée, il a
enterré le mythe du couple égalitaire et de la famille
épanouissante. Il veut reconquérir le droit de draguer comme dans
sa prime jeunesse. Le droit d'être viril sans passer pour un gros con.
C'est le profil Michel Zendali.
2. Le nostalgique romantique. Nostalgie ici non pas de sa jeunesse
mais d'une ère révolue. Ah, l'époque des exaltantes joutes
amoureuses et des incessants jeux de séduction! Celui-là
revendique le droit d'aimer, séduire, désirer la femme non pas
parce qu'elle est égale, mais parce qu'elle est autre. Le droit d'être
viril sans être impoli. C'est le profil du célèbre avocat genevois Marc
Bonnant.

Bloc 2: POURQUOI ZEMMOUR LEUR DU FAIT BIEN?
– Parce qu'il les libère! Il libère enfin ceux qui, depuis la révolution
féministe, ont intériorisé ce rôle de gentil mari qui courbe l'échine,
partage les tâches ménagères et pleure d'émotion en langeant son
nouveau-né. «Nous vivons une époque dite libre, mais on l'a
rarement été moins, explique Marc Bonnant. Les limites ne sont
plus imposées par l'Eglise, l'Etat ou la morale, mais par
l'autocensure. Ce livre ose en sortir.»
– Parce qu'il réveille l'instinct premier qui sommeille en tout mâle.
Michel Zendali se livre: «Moi, je suis instinctivement dragueur. Ça
me casse les pieds que ce soit négativisé. Qu'on me dise que, si
j'étais aux Etats-Unis, j'aurais des problèmes.»
– Et puis quand même ce pamphlet a ce petit goût de la vengeance
qui n'est pas pour déplaire à Marc Bonnant: «Ma génération a
affronté Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir, donc lire ce
Premier sexe m'a fait beaucoup sourire, même si la pensée y est en
grand désordre.»

Bloc 3: POURQUOI SE BATTRE ?
– Parce que les hommes dépriment grave! L'avocat s'alarme: «Il y a
beaucoup d'hommes malheureux, beaucoup d'hommes qui font du
sport. Je gage que tous ces hommes qui courent ne sont pas
aimés.»
– Parce que la féminisation gangrène toutes les sphères de la société.
Jusqu'au débat politique. En fin observateur de la chose, Michel
Zendali constate avec dépit que «la féminisation de la société va de
pair avec une dépolitisation. C'est ce qui explique la victoire des
socialistes mous du genou, des Verts gentils, des partis ronds au
discours aplatissant. On ne croit plus à la vertu de
l'entrechoquement. Peut-être que c'est cette féminisation générale
qui explique le succès de l'UDC qui se positionne comme parti viril.»
– Pour la survivance des hommes. «Nous, les hommes, sommes une
monnaie qui n'a plus cours. Nous n'intéressons plus que les
numismates», regrette Marc Bonnant.
– Pour le droit au désir. «De similitude en ressemblance, on va perdre
le désir de convoitise, l'émerveillement, poursuit encore l'avocat.
Nous allons vers un monde d'insupportables solitudes à deux.»
– Et parce que, aujourd'hui, c'est pire qu'avant, conclut-il: «A vouloir
gommer la différence sexuelle, on finit par la renforcer. Car, si nos
âmes et nos idéaux s'alignent, si nos vies se ressemblent, la seule
différence qui reste est sexuelle. C'est juste 15 à 20 centimètres de
chair.»
– Il s'agit enfin de se battre pour les générations futures. Car nos
deux figures de proue sont unanimes, les jeunes de 20 ans sont
atteints. Et ils font peur. «Ce qui me frappe, c'est qu'ils font tout
sans même de contrariétés. Ils langent les bébés et vont pousser
les caddies le samedi matin à Etrembières», constate ahuri
Bonnant. «Les jeunes de 20 ans n'ont pas de deuxième vie, ils font
tout avec leur copine, ajoute Zendali. A mon époque, on avait deux
univers: avec sa copine, avec ses copains. Comme on disait: on
n'achète pas un six pack pour aller à la fête de la bière.»

Bloc 4: CONTRE QUI SE BATTRE ?
– Contre les féministes bien sûr. «Elles ont joué sur la logique
victimaire, comme les tiers-mondistes, accuse Michel Zendali. Et
elles ont créé des mauvaises consciences, des générations qui
n'ont qu'une peur: faire du mal.» Et Marc Bonnant de faire des
métaphores: «Les féministes ont ruiné notre seule raison d'être, la
protection. Nous arrivons tout fiers avec le résultat de notre chasse,
mais vous êtes déjà dans la caverne à frotter le silex pour faire le
feu. Vous avez tué des bisons plus gros que nous.» Et de
poursuivre, véritablement désemparé: «Même les psychanalystes le
disent, les femmes n'ont plus de désir de pénis. Vous vous rendez
compte? Mais alors, qu'est-ce que va les mener jusqu'à nous?»
– L'insupportable sacralisation du couple. Le couple qui ennuie et qui
renvoie toujours aux faiblesses des hommes. Pour Michel Zendali,
c'en est trop: «Je ne crois plus à ces conneries: on ne se réalise pas
à travers le couple. Au bout d'un moment, c'est un étouffoir. On a
besoin de s'échapper pour être soi-même.»
– Et ces autres revendications tue-l'amour, comme la mixité à l'école
par exemple. Marc Bonnant raconte: «La mixité est abominable.
Autrefois, pour voir les filles, il fallait grimper sur les murs du
collège, c'était magnifique d'accéder à la beauté après un périple.
Aujourd'hui, nous sommes privés du voyage et de l'errance.»

Bloc 5: LA RÉVOLUTION... COMMENT?
– En ré-ha-bi-li-tant! Pour celui qui exige le droit d'être macho sans
passer pour un con, ça donne cela: «Il faut réhabiliter les valeurs
masculines, chez les hommes et les femmes: la force, la virilité, la
mauvaise foi, la méchanceté, la netteté, l'opposition, la bataille.» Et
pour le nostalgique de la cour à l'ancienne, ça donne: «Il faut
réhabiliter les jeux de séduction. Une femme qui dit non est
l'origine de la poésie. Une femme qui dit oui, c'est vingt minutes et
après on allume la TV.»
– En ressuscitant l'homme, mort de sa belle mort. «Les féministes
demandaient une reconnaissance, elles ont eu une reddition,
observe l'avocat. Nous avons compris qu'elles voulaient notre mort.
En hommes, nous nous sommes empressés de mourir.»
– Et, concrètement, comment effectuer cette résurrection? Eh bien,
suffit de demander un petit coup de main... aux femmes, répond en
substance Marc Bonnant. «J'ai envie de leur dire: «Détricotez-moi
tout cela. Maintenant que vous avez fait tant de mailles à l'endroit,
ne voulez-vous pas en faire une à l'envers?»
Bon. En conclusion, pas sûr que ce soit pour demain, la prise des
armes. Franchement, le plan d'attaque ne semble pas au point, et la
force de mobilisation des troupes pas très convaincante. Car force est
de constater que tous les machos ne se reconnaissent pas dans les
propos d'Eric Zemmour. Le problème en effet, c'est que sa thèse
induit le constat d'une forme de soumission de l'homme à la femme
depuis la révolution féministe. E,t pour toute une catégorie de
machos, un tel concept est tout simplement impensable. «Un macho
dans le genre de Zemmour doit prouver qu'il est un homme. Moi, je
me contente de l'être, je n'ai rien à prouver!» déclare par exemple
l'un des prototypes valaisans, Léonard Bender.
Et puis, si tous les machos du monde ne se rallient pas à la cause de
Zemmour, c'est aussi peut-être parce que celui-ci a raison sur un
point: le «fémininement correct» l'emporte. Léonard Bender est
certes Valaisan et donc prédisposé à un certain machisme culturel.
N'empêche que les valeurs de liberté et de modernité priment: «Pour
Zemmour, tous les droits acquis par les femmes sont dommageables
pour l'ensemble de la société. Ils se seraient faits au détriment de la
société. Je pense le contraire.» Même le footballeur, autre prototype
traditionnel du machisme, se tient à carreau. Déplorer la «dérive» de
la féminisation du look des footeux à la Beckham, Sébastien Barberis,
ancien joueur de FC Bâle, veut bien: «C'est vrai qu'en comparant les
figurines Panini des années 1970 avec celles d'aujourd'hui, on se rend
compte qu'il n'y a plus un barbu, les cheveux en bataille et les poils
qui dépassent du maillot.» Mais, de là à accuser les femmes, non, il
n'oserait pas. «Moi, je trouve que les femmes ont leur place dans la
société et je crois au mariage. Et, surtout, je n'aimerais pas dire une
bêtise et que les féministes viennent placarder des affiches sur les
murs de ma maison!»
Quant au comédien et animateur radio Patrick Lapp qui excelle
tellement sur scène quand il improvise le misogyne de service qu'on
le croyait vrai, lui aussi reste prudent. «Non, je ne me considère pas
comme un macho. Je trouve que c'est toujours mieux dans un groupe
quand il y a une femme. Ça rehausse le débat.» Un ange passe, et:
«Même si ça ne me déplairait pas d'avoir le courage de l'être. Pour
voir comment ça fait», poursuit-il. Et de conclure à propos de la
révolution de Zemmour: «Une révolution, non, je ne la ferais pas... A
moins qu'il y ait des jolies filles.»

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