Ronaldinho - Doris: 1 à 0
Tu taperais, toi, un SMS pour gagner une mèche de cheveux de Doris
Leuthard? Bof... Pourtant, ils sont des dizaines à le faire, cette
semaine, pour trois poils de Ronaldinho, suivant le concours lancé par
le Blick depuis que le footballeur brésilien s'est redonné un coup de
jeune capillaire entre deux séances d'entraînement à Weggis.
Weggis, canton de Lucerne, la nouvelle capitale de Suisse. Le nombril
du monde. Hier, c'était un bled inconnu, impossible à situer sur la
carte, ce qui eût été bien inutile d'ailleurs puisque personne n'y allait.
Aujourd'hui, nous y connaissons tout, les rues, le climat, le visage du
boulanger et les dents du vendeur de saucisses. Huit cents
journalistes y sont accrédités pour suivre l'évolution de l'équipe de
foot brésilienne avant le Mondial, plus que ce qui couvrira jamais
toutes les élections au Conseil fédéral. Pour la dernière en cours, on a
bien une star, Doris Leuthard, mais le public est maigre.
Qu'est-ce qui manque à Berne pour passionner la Suisse? Le ballon?
La coupe afro? Ou, simplement, l'enjeu? Le sentiment qu'il s'y passe
quelque chose qui aura une importance pour notre avenir. Incorrigible
PDC, qui avait l'avantage du coup d'envoi, mais a réussi, une fois de
plus, à transformer le match en partie ennuyeuse.
Pouvoir remplacer un ministre une année avant les élections
fédérales est une aubaine pour tous les partis. Sauf pour le PDC. Au
lieu d'en profiter pour mettre en avant des idées, des valeurs, une
vision de la Suisse, les démocrates-chrétiens réussissent à
transformer l'élection en formalité ennuyeuse. Ils envoient leur
candidate comme une lettre à La Poste, en courrier B. Pas trop
rapide, pas trop profilée, pas trop personnelle. Faisant tout pour
passer inaperçue comme si c'était la recette helvétique pour arriver
au sommet.
On peut adorer le foot et se réjouir de l'émotion qu'il génère, mais on
peut aussi aimer la politique. L'accès au gouvernement ne sera
jamais aussi populaire qu'une mèche de Ronaldinho, mais il y a quand
même un enjeu à Berne. Le PDC le sous-estime, il a de quoi se faire
des cheveux.
Ariane Dayer

