L'INFO

Les bugs de l'hôpital

A Genève, des médecins punis sont privés d'accès aux dossiers
médicaux des patients. Ça fait mal

TEXTE: NATHALIE DUCOMMUN

C'est vieux comme le monde, la technique du chantage. Tu ne finis
pas ton assiette? Tu seras privé de dessert! Aux Hôpitaux
universitaires de Genève (HUG) aussi, on connaît la méthode. Et on
n'hésite pas à y recourir quand il s'agit de punir les vilains petits...
médecins. Tu ne participes pas à une journée de formation? Tu seras
privé d'accès informatique! Ainsi, certains d'entre eux ont récemment
constaté, non sans agacement, frustration et grand stress, que leur
carte d'accès aux dossiers informatiques de l'hôpital était
effectivement bloquée. «Sur le moment, j'ai cru que c'était un bug,
raconte ce médecin en chirurgie pédiatrique. Je n'avais pas eu le
temps d'ouvrir tous mes mails avant le blocage et, notamment, un de
l'administration. Peut-être celui-ci contenait-il une marche à suivre
indispensable pour faire fonctionner ma carte d'accès. Impossible de
vérifier. Et quoi qu'il en soit, sur le coup, je n'avais plus accès à rien,
un patient m'attendait, bref, j'ai flippé!» Il y a de quoi, oui. Et pas
seulement du point du vue du médecin, mais aussi de celui du
patient. Car les «dossiers informatiques» dont il est ici question, ce
sont les dossiers médicaux complets de chaque personne hospitalisée
aux HUG. Après le stéthoscope, l'outil indispensable du médecin. Des
dossiers obligatoirement consultés avant l'auscultation d'un patient.
Et scrupuleusement complété après. Histoire de ne pas se faire
opérer deux fois de suite de l'appendicite. «Sans l'accès à ces
dossiers, c'est le chômage technique, on ne peut rien faire!» résume
cet autre médecin puni.
Car c'est bien de punition dont il s'agit. Pour ce tort impardonnable de
ne pas s'être inscrit à la Journée d'accueil des nouveaux médecins. Au
service de la communication de l'institution, Thérèse Legerer
confirme: «Il s'agit d'une sanction qui s'applique aux médecins qui ne
répondent pas aux exigences de formation initiale.» Et plus
précisément, «à la Journée d'accueil où l'on passe en revue le
fonctionnement de l'hôpital, ses règlements et les règles d'hygiène de
base.» Certains médecins ont beau juger cette journée «pas
absolument indispensable», leur participation n'en demeure pas
moins «contractuelle». «Le médecin engagé a un mois pour s'inscrire
à la journée», affirme Thérèse Legerer. La sanction n'est-elle tout de
même pas un peu disproportionnée? D'autant que, dans certains cas,
le blocage de la carte peut durer longtemps. Cette femme médecin
de l'Hôpital des enfants a sa carte bloquée depuis trois mois. Trois
mois qu'elle emprunte la carte d'un collègue ou qu'elle contourne
comme elle peut les barrières pour accéder tant bien que mal aux
dossiers de ses patients. «Un cauchemar!» Et pourtant, entre-temps,
elle s'est bien inscrite à la fameuse journée. «Nous ne pouvons pas
nous prononcer sur un cas précis, répondent encore les HUG, mais,
normalement, l'accès devrait être débloqué.» A moins d'un problème
informatique? Un bug, un vrai, cette fois?

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