Photogénie électorale
TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN
L’élection est faite. Vive Doris. Une candidate, un siège: la
presse manquait d’enjeux, elle a donc évidemment parlé
chiffons, s’est penchée sur les clichés de l’impétrante si
photogénique. C’est malheureusement révélateur. «Dans la
mesure où la photographie est ellipse du langage, (…)elle
constitue une arme anti-intellectuelle, tend à escamoter la
politique (c’est-à-dire un corps de problèmes et de solutions) au
profit d’une manière d’être, d’un statut socialo-moral. (…) Il est
manifeste que ce que la plupart de nos candidats donnent à lire
dans leur effigie, c’est une assiette sociale, le confort
spectaculaire des normes familiales, juridiques, religieuses, la
propriété infuse de ces biens bourgeois que sont par exemple la
messe du dimanche, la xénophobie, le bifteck-frites et le
comique de cocuage, bref ce qu’on appelle une idéologie.»
L’aspirante voulait son siège, la presse souhaitait l’y asseoir.
Adieu la politique, les Suisses sont cocus. On rit hélas.
Mythologies, Roland Barthes, Ed. du Seuil, 1957

