SUR LE DIVAN

Albert de Monaco

TEXTE: BÉATRICE SCHAAD

Si cela me pose problème qu'on ait découvert un deuxième enfant
naturel de moi? Docteur, ce qui me peine, ce sont mes proches, mon
secrétaire particulier, mes ministres et ma nounou, celle qui me berce
le soir quand j'ai peur. Ils ne supportent plus, disent-ils, de devoir me
suivre avec un petit, enfin, un conséquent sachet de capotes. Une
sorte de sac à dos créé spécialement pour moi, multipoche. En tout,
quatre bagages de ce type me suivent en permanence. Je ne
comprends plus, docteur. Moi, j'avais l'impression de faire tout juste.
Mon papa, du moins je veux croire que c'est mon père, m'avait
raconté: «Dans une monarchie, il y a toujours des bâtards.» Luimême
descendait d'une blanchisseuse. Moi, j'ai cru bien faire en
perpétuant la tradition. J'ai honoré des jeunes filles, je les ai tirées au
sort – toujours dans de jolis hôtels – et j'y ai mis le meilleur de moimême.
Ni piston, ni cooptation, ni alliance d'intérêt, je suis un pur. Je
prends des roturières, et je leur donne la Grâce. Qui peut trouver à y
redire? Et pourtant, aujourd'hui, que tout ces jolis petits bâtards
refont surface, on m'en veut, on me juge, je le sens. Et on me met
entre les épaules – impressionnantes – de cette blonde, une nageuse
qui flotte dans mon entourage. Elle prend la pilule, paraît-il. De fait,
mes conseillers estiment que c'est plus pratique à transporter que
quatre sacs à dos, et ils lui trouvent un charme irrésistible. Mais vous,
docteur, j'y pense là sur votre divan, vous êtes une roturière n'est-ce
pas, cela ne vous dirait pas que je vous tire au sort?

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