Continuer de rigoler? Notre kit de survie
Saturne est mort? Quelle blague! Son esprit, lui, demeure. Voici
quelques trucs maison pour continuer de rire après nous.
Un système GPS pour capter les plus ridicules
Focalisez votre attention sur les valeurs sûres. Têtes à claques et
autres grands fabulateurs, Saturne vous garantit que, dans une
heure, demain ou avant la saint-glinglin, ils s'illustreront.
Notre liste non exhaustive.
– André Hédiger, dit Dédé, actuel maire de Genève, communiste,
inventeur de l'«amende de fonction», inculpé mais serein.
– Pierre Muller, conseiller administratif libéral, argentier de la ville de
Genève. Premier soutien du susmentionné. César du meilleur espoir
masculin dans L'affaire de la rue du Stand.
– Michel Zendali, journaliste à Infrarouge, spécialiste de l'interview de
rupture qui consiste à entamer les questions par «mais, au fond,
vous pensez quoi, vous, de...»
– Joseph Zisyadis, conseiller national vaudois qui compte deux points
d'orgue dans sa carrière: une demande d'asile à Obwald et la
promotion de la Semaine du goût.
– Léonard Bender, vice-président du Parti radical suisse, élu nulle
part, mais content d'expliquer à tout le monde comment faut faire.
– Dominique de Buman, conseiller national fribourgeois, pour son
courage. Sa dernière déclaration: «Tous pourris, sauf moi.»
Et encore.
– Maria Roth-Bernasconi pour son féminisme antifemme.
– Pascal Couchepin pour son sens du bien-être collectif.
– Jérôme Rudin pour son catogan, son sens du beau et de la faillite.
– Elisabeth Baume-Schneider pour ses prises de position qui n'en
sont pas.
Un groin pour repérer les terrains fertiles
Mycologues s’abstenir. On parle ici du terrain où pullulent les nigauds,
sots, obtus, niais, pignoufs, étroits et autres François Cherix de notre
chère Suisse romande. De Lolita à Anne-Marie Portolès, de Micheline
Spoerri (avec son prochain J’accuse) à Monsieur Jardinier, d’Eric
Lehmann à sa police vaudoise, cherchez sans relâche les truffes. Elles
se terrent dans l’humus fertile du sol médiatico-politico-industrialouniversitaire.
TV, radio, apéro people, écoutez le chant des truffes à la
saison des amours: elles se considèrent toujours comme
indispensables à l’équilibre de l’écosystème suisse romand. Vous
entendez prononcer le nom de Charles Favre? C’est que vous y êtes.
Creusez! Elles sont là! A déterrer et à couper en fines lamelles. Vous
ferez cela en mémoire de nous.
Des ouvrages romands pour tenir intellectuellement
Pratiques, de petite taille, utiles pour allumer le feu de camp et pour
éteindre la flamme intérieure. Un petit Daniel de Roulet, par exemple,
servira utilement à endormir l’insomniaque autour d’une historiette
bluettisante d’un acte terroriste de pied-tendre sur l’alpe immaculée.
Attention toutefois, certains opuscules peuvent parfois être inaptes à
tout usage pyrotechnique ou somnifère. A titre d’exemple, il faut citer
tous les livres du ci-devant conseiller national socialiste jurassien
Jean-Claude Rennwald. Celui-ci s’exprime volontiers sur la politique,
sur l’Europe, sur le syndicalisme, sur les travailleurs et très volontiers
sur Jean-Claude Rennwald lui-même. Achtung, attention, attenzione!
Un tel monument de littérature politique est susceptible d’étouffer les
braises de votre foyer intérieur et de plonger l’insomniaque dans un
état de catalepsie dont l’infortuné risque de ne pas se relever. A ne
consommer que sur ordonnance médicale.
Un ami qui vous veut du bien
Et, si vous ne trouvez personne, prenez l'UDC vaudois Jean Fattebert.
Il aura toujours quelque chose de très con à dire qui vous fera rire.
Un casque antibruit contre ceux qui en font trop
– Joseph Deiss. A l'occasion de la sortie de son prochain single C'est
dur, dur, dur d'être PDC qui est prévue pour la rentrée de
septembre.
– Oskar Freysinger. A l'occasion de sa promotion radiophonique pour
le tome II de son recueil érotique Comment le renvoi poings liés,
yeux bandés et jambes ligotées de ma pulpeuse réfugiée du
Kosovo m'a fait bander.
– Mehmet Gultas. A l'occasion de son interview de Monsieur Prix à
Forums, 18 h 57, juste avant de passer à table.
– Christoph Blocher. A l'occasion de son discours à Mont-sur-Rolle le
31 juillet prochain. En plus du casque, prévoyez la visière, il a le
postillon agressif.
– Cindy au micro sur un air d'Alain Morisod et des paroles de Jean-
Marc Richard lors des fêtes de Noël sur TSR2
– Romaine Jean à Infrarouge. Ses «Non, non, attendez, non, ce n'est
pas le sujet.» Battements de bras. «Non, laissez parler monsieur!»
Re-battements de bras et agitations cervicales. «Non, ne parlez pas
tous en même temps.» Bêlements aigus: «J'aimerais revenir au
sujet…»
– Et forcément, après coup, quand on se dit, c'est bon, là, y a plus
rien à ajouter sur le sujet, hop, un discours de Jean-Claude
Rennwald.
Un disjoncteur
Pour disjoncter? Oui, pour disjoncter.
Des seringues pour s'injecter des Urbaines
Dans ses moments les plus torves, la vie exige quelques injections qui
la rendront supportable. Dans la seringue, pas n'importe quelle
substance, non. Emplissez-la des bons mots, réflexions absurdes ou
sages sur – à choix – la vie, le monde, l'amour, la fin: en bref, ce que
nous avons baptisé à Saturne nos Urbaines. Pour les collecter, c'est
simple: choisissez quelques lieux stratégiques – compartiment de
train, bistrot, hall de gare, soirée entre amis, lit conjugal. Quelques
causeurs idéaux: couples usés, copine qui change de sein ou de
conjoint, retraités en goguette, philosophe de comptoir ou rêveur.
Ceci encore: la récolte d'Urbaines exige une disponibilité absolue –
faites le vide en vous ou peut-être le vide est-il déjà là en vous depuis
longtemps (ce n'est pas un handicap). Branchez-vous sur la fréquence
monde, vous verrez, y a pas mieux.
Du foie gras
Parce que c'est gras.
Un airbag contre les chocs de l'actualité
Pour une protection optimale contre ce qu'il y a d'émotionnellement
le plus menaçant dans ce pays: l'actualité suisse. Oui, la très chaude
actualité suisse. Toujours plus bouleversante, percutante, ardente,
vigoureuse, violente. Cette actualité suisse que, sans prémunition
adéquate, vous allez forcément, ces prochains mois et années, vous
prendre sur le coin de la gueule. Et ce pourrait être douloureux. Voyez
plutôt venir:
– l’Euro 2008
– la crise du dindon à Migros
– le couronnement de Miss Suisse 2007
– la nouvelle grille horaire des CFF
– l'ouverture de la saison de ski des Crosets
– le salaire 2008 de Marcel Ospel
– l'élection fédérale
– la suppression des pièces de 5 centimes...
Tant de sujets incroyablement mobilisants, ajouté à un traitement
toujours plus exigeant, virulent et féroce de nos médias romands, bon
sang, ça va vraiment faire mal. Alors, comme disait l'autre: sortez
couverts.
Du PQ pour recycler les gratuits
Eh oui, un rouleau de papier-toilette est indispensable au kit de survie
à bien des égards. Non seulement pour pallier vos besoins les plus
élémentaires. Mais également parce que la prolifération des journaux
gratuits pose un problème évident de gestion des déchets dans notre
pays. Et que, enfin, il faut bien trouver une fonction d'utilité publique
au Matin bleu et à 20 minutes. Ainsi, en vous torchant avec un
gratuit, vous aidez la société suisse à lutter contre la pollution, vous
contribuez au méritant combat éducationnel contre l'abrutissement
de la jeunesse suisse et vous permettez une identification claire
(foncée devrait-on dire en l'occurrence) de la cible de ces journaux,
ce qui est utile aux annonceurs.
Une bouteille de Mitis
Parce que c'est bon et que Jean-René Germanier a placé de la pub
dans Saturne.
Une mitrailleuse lourde pour se lâcher
Encombrant certes et difficile à mettre en batterie, mais tellement
utile en tant de circonstances. Citons-en quelques-unes au hasard. Le
chef de l’Office fédéral des migrations, Eduard Gnesa, explique à
Infrarouge que son service n’a commis aucune erreur en renvoyant
un demandeur d’asile birman ligoté sur une chaise à roulettes, arrêté
à son arrivée en Birmanie et condamné dans la foulée à dix-neuf ans
de prison: Feuer! Christoph Blocher, ministre de la Justice, ment
effrontément aux parlementaires qui ne s’en offusquent guère:
Feuer! Les assureurs maladie ne remboursent plus ni les
médicaments ni les soins de ceux qui n’ont pas payé leurs primes, les
mettant parfois en danger de mort: Feuer!
Qu’on ne s’y trompe pas: les salves ne sont pas réservées aux grands
de ce petit pays. Les sans-grades peuvent aussi y avoir droit. A
perforer avant de calancher. Vous ferez cela en mémoire de nous.
Un crucifix parce que ça peut toujours servir
On l’utilisera idéalement en oraison, mais on pourra aussi en faire
usage comme gourdin anti-Ecônard, radeau de survie, bâton de
pèlerin, cadran solaire et, en dernier recours, comme bois de
cheminée.
Une caméra thermique pour lire entre les lignes
Par exemple, quand l'ex-président du Parti libéral genevois Blaise-
Alexandre Le Comte publie un communiqué qui annonce que le parti
lui renouvelle toute sa confiance. Il serait plus juste de lire: «Tout ce
que la République compte de libéraux souhaitent me pendre après
m'avoir passé dans le goudron et les plumes.» Ou lorsque Moritz
Leuenberger souhaite la bienvenue à Doris Leuthard et la félicite pour
son élection au Conseil fédéral, il faut comprendre: «Tu es charmante
– moins que Miss Suisse – mais parle moins fort quand tu participeras
aux séances du Conseil fédéral, j'ai le sommeil fragile.»
Un Tupperware pour mettre la TSR en boîte
Double étage, étanche, opaque et insonorisé, il vous servira à mettre
la TSR de temps à autre sous vide. Mettre en boîte les petits génies
du bocal télévisuel. Parce que, forcément, des soirées de dépit
incitées par notre chère Télévision romande, il y en aura encore.
Beaucoup. A la pelle. Des Infrarouge qui nous feront voir rouge, des
Mise au point sans mise au point, des ABE dont on regrettera d'être
entendeur ou des Pierre-Alain Dupuis pour nous livrer des perles du
genre: «Ah non, Cocu n'a vraiment pas de chance!»
Une gourde pour étancher la soif de rigolade
Et ça tombe bien, la Suisse en compte quelques-unes, à choix. A la
TSR, on vous l'a dit, grande réserve, Sofia Pekmez, Anne-Marie
Portolès, la socialiste Véronique Pürro ou Cindy.
Un exemplaire de L’Hebdo parce que c'est bon pour la tête
Pour savoir comment payer moins d’impôts, comment devenir
propriétaire, comment les Suisses font l’amour et comment ils ne le
font pas, pourquoi les salaires des top managers sont justifiés et tant
pis pour les caissières de supermarché, comment licencier sans voir le
futur chômeur, pourquoi les rentiers AI sont toujours des tricheurs, qui
sont les 100 génies qui font la Suisse et, par voie de conséquence,
pour découvrir qui sont les 7 millions de crétins qui ne la font pas.
Pour le reste: «conflit israélo-arabe: dix pages pour comprendre»,
«terrorisme international: six pages pour comprendre», «rupture
conjugale: trois pages pour la réussir», «couple: trois pages pour ne
pas le rater», «universités: dix pages pour choisir la bonne», «Suisse
romande: dix pages sur les paradis communaux et les enfers
fiscaux». Pour le reste, les éditos d’Alain Jeannet dont au sujet auquel
(lire page 7) il pense (lire page 45), qu’on peut penser (lire page 62),
qu’il fait partie des 100 qui pensent (lire page 12).
Un panneau indicateur
Très utile. Vous prenez par exemple un panneau «Gland». Vous le
plantez là où vous êtes perdus. Eh bien, vous ne l’êtes plus: vous êtes
à Gland.
Des balises de détresse quand vous êtes perdus face au
Conseil fédéral
Qu'ils s'appellent Christoph, Samuel, Micheline, Doris..., Jean-Louis,
Marcel, Popol ou Delphine, c'est sûr, en matière de communication,
nos conseillers fédéraux, présents et futurs, ne manqueront pas
d'être aussi dégourdis qu'un Jean-Claude Rennwald dans une paire de
talons aiguilles.
La balise vous sera utile lorsqu'ils s'adonneront à leur jeu favori:
– appels au calme, après nous avoir annoncé la possible mort de
dizaines de milliers d'entre nous pour cause de grippe aviaire,
– silences, alors que la parole s'impose,
– décisions qu'ils décideront finalement de ne jamais décider,
– sens de la collégialité qu'ils ne manqueront pas de diviser,
– réformes qu'ils n'entreprendront jamais,
– privatisations qu'ils ne privatiseront pas...
Une alternative à la balise: un traducteur de politique fédérale de la
marque «Pascal Décaillet». Avec lui, la comm’ du CF ne vous paraîtra
pas plus claire, mais, au moins, elle vous sera livrée en vers.
Une bouteille de Chasse-Spleen
Parce que.
Un Daniel Brélaz
Gentil, aimable et même capable d'être piquant, le Daniel Brélaz est
un être attachant et surtout assez solide pour porter le kit de survie.
Seule particularité: il tire la langue lorsque les mots n'y suffisent plus. |