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SUR LE NET

Le label «Swiss Army»
couvre la vente de cannabis

Un vendeur de chocolat de la marque Swiss Army est
aussi un expert en cannabis. Ou comment surfer du
pétard au pétard.

TEXTE: BÉATRICE SCHAAD

Habituellement la mention sert à assurer la vente
d'objets à la moralité irréprochable: du couteau
multilames au sac à dos de soldat que l'on aura usé une
vie durant avant de le transmettre à son fils parce qu'il
le vaut bien. Vestes avec poches à remplir de cervelas
pour filer au Parcours Vita, Pinzgauer, carrosserie
léopard. Un bout de Suisse, un bout de nous en somme.
Et pourtant sous le label Swiss Army, on trouve aussi du
cannabis. Voilà ce qu'a vécu Saturne.

A côté de la caisse de ce grand magasin, trône le
chocolat Swiss Army. Copie inspirée des rations de
survie des pioupious d'autrefois. On l'achète. Au verso,
on trouve le site du commerçant. Or, sur la page web de
ce dernier cohabitent - surprise - les échoppes de Swiss
Army et... de Swiss Cannabis. En surfant sur un même
site, on peut donc s'approvisionner aussi bien en
chocolat «de l'armée suisse» qu'en chanvre, sous
diverses formes. «Aïe, c'est pas possible, vous me faites
peur», commence-t-on par réagir au Département de la
défense de la protection de la population et des sports
(DDPS) avant de mettre illico les juristes spécialisés sur
l'affaire.

Sur la page web, les vendeurs n'ont pas lésiné sur les
commentaires. Leurs bonbons, hit du site, irréprochables,
sont faits grâce «à des plants de cannabis des
Alpes suisses». Les pastilles «ont des effets relaxants
sur nos émotions et notre corps et sont idéales pour
survivre au stress de notre époque».

Mais question survie, le choix offert est bien plus
vaste puisque les propriétaires du site renvoient aux
liens les plus informés sur le cannabis. Comme sur...
l'ecstasy. Après s'être acheté du chocolat de Swiss
Army, on peut donc continuer ses emplettes sur Roll
your own («Roule le tiens») qui se vante d'offrir une des
choix les plus riches du moment ou feuilleter en ligne
Majrijuana Magazine. Possibilité également de consulter
le programme du 9e salon du Cannabusiness ou d'aller
chez eve&rave, testeur d'ecstasy.

Le plus piquant est que Samuel Schmid, chef du
DDPS, a annoncé très officiellement une tolérance zéro
à l'égard du hasch. Sous sa direction, l'armée a lancé
une opération intitulée «A l'armée on roule clean» qui
promet de dénoncer à un juge d'instruction civile tout
troufion soupçonné de consommer du hasch alors qu'il
conduit. Ensuite, son parti l'UDC a déclaré pas plus tard
que l'an dernier une guerre totale à la consommation de
pétards, glus et autres cônes. Une offensive à situer
quelque part entre Omaha Beach et le Têt au Vietnam.
Pour le parti de Christoph Blocher, un seul remède
fonctionne: le sevrage radical.

Claude Gerbex, chargé de communication de Samuel
Schmid, concède que la proximité de produits extraits
du cannabis et du label Swiss Army «est évidemment un
peu gênante». Le département militaire a fait opposition
auprès de l'office de la propriété intellectuelle pour
utilisation abusive des termes «old traditionnal swiss
army chocolate» («Chocolat de l'armée suisse de
tradition»). «Mais si le département réagit, insiste-t-il
c'est avant tout pour protéger un marché dans lequel
certaines sociétés comme Victorinox vendent
honnêtement sous licence des produits de l'armée et
parce que nous voulons protéger un standard de
qualité.»

Pour la petite histoire le département fût alerté par...
une plaque de chocolat. Le gestionnaire du site lui
même badin n'a pas hésité à en expédier une à l'avocat
du département à Zurich. «De la pure provocation», dit
Claude Gerbex. Comme toutes les procédures fédérales,
celle-ci prendra son temps pour arriver à son terme.
D'ici là, le chocolat aura peut-être fondu, pas le
cannabis.