LE DOCUMENT
Crissier attend toujours Federer
La Tennis Academy system de Crissier a déboursé 40 000 francs
pour voir Federer s'entraîner chez elle. Ça n'a pas suffi.
TEXTE: NATHALIE DUCOMMUN
Le tennis, c'est sa passion. Totale. Lors des préparatifs de la
Coupe Davis, il est prêt à tout pour accueillir l'équipe de Suisse
et voir évoluer sur ses courts flambant neufs le meilleur joueur
du monde. Il a investi beaucoup d'argent pour ça. En vain.
Nicolas Rusillon, Directeur de la Tennis Academy System à
Crissier n'a pas vu Roger Federer s'entraîner dans son centre.
Mais commençons par le début. Au lendemain de la victoire
suisse contre la Roumanie en huitième de finale de la coupe
Davis, la société d'organisation d'évènements sportifs, Grand
Chelem Management, a du pain sur la planche. Deux mois pour
assurer l'accueil des équipes de France et de Suisse lors de leur
stage de préparation dans la région lausannoise et convertir la
patinoire de Malley en courts de tennis. Au mois de février
dernier, elle prend ainsi contact avec les clubs avoisinants,
susceptibles de mettre à disposition des équipes les courts et
l'infrastructure nécessaires à leur entraînement durant les deux
semaines qui précèdent la rencontre en quart de finale. Le
Directeur de la Tennis Academy de Crissier est le premier à
accepter, sans hésitation: «Notre leitmotiv, c'est la promotion du
tennis. Tout ce qu'on peut faire pour développer le tennis, on le
fait.»
Pas de contrat signé avec Grand Chelem, mais des exigences
très claires échangées au téléphone. Par retour de courtoisie, le
capitaine de l'équipe, Marc Rosset, souhaite mettre des courts à
disposition de l'équipe de France. La Fédération, quant à elle,
demande pour l'équipe de Suisse des courts en surface (très)
rapide, la surface de prédilection de Roger Federer. Le nom de la
star est lâché. Il n'en faudra pas moins pour déclencher des ola
de supporters suisses dans l'arène de Malley bien sûr, mais aussi
pour affairer la «Tennis Academy» de Crissier un mois avant
l'événement. Car recevoir en ses murs, ne serait-ce qu'à
l'entraînement, le numéro 1 mondial, c'est une aubaine pour un
club de tennis. Nicolas Rusillon en jubile. Passionné, il est prêt à
tout mettre en oeuvre pour offrir à son centre ce qui pourrait
devenir sa plus grande fierté.
Et ce n'est pas peu dire, car il lui manque le nombre
nécessaire de courts et ceux dont il dispose déjà ne sont pas
conformes aux exigences du champion. Il faudra donc faire de la
place et installer de nouveaux terrains. Pour les travaux, Grand
Chelem impose à Nicolas Rusillon la société autrichienne
Opticourt qui définira le plan des préparatifs à l'installation des
nouveaux courts «100% acrylic». Résultat des courses, la
«Tennis Academy» de Crissier condamne plusieurs courts de
Badminton et se démène pour arracher et lisser en un temps
record les surfaces existantes sur une superficie de 36 x 18
mètres. Coût total de l'opération? Plus de... 40 000 Francs dont
26 000 à Opticourt! A la charge de qui? De celui qui a bien voulu
mettre à disposition son centre de tennis, Crissier donc. Des
regrets? Aucun! Car n'en déplaise aux finances, la Tennis
Academy aime le tennis, soutient l'équipe de Suisse et veut son
Federer.
Lors des deux semaines de stages et d'entraînement, Nicolas
Russillon et les membres de son centre auront vu défiler Yves
Allegro du côté suisse et Guy Forget du côté français. Pas une
trace de Roger Federer à Crissier. «Mais il faut dépasser ça!»
rétorque le directeur du centre. «On l'a fait pour la grande fête
du tennis. On les aime tous ces joueurs.» Et Tim Knejtel,
responsable des infrastructures de Grand Chelem Management
rassure: «La surface à Crissier n'était pas totalement adéquate
pour l'entraînement physique de l'équipe qui est donc restée sur
Genève. Pour la deuxième semaine, les joueurs ont préféré
s'entraîner directement à Malley. Mais tout le monde est très
content de la collaboration avec la Tennis Academy de Crissier».
En guise de remerciements, Nicolas Russillon recevra quand
même... 7 billets pour les quarts de finale à Malley. Comme sa
générosité n'a d'égal que sa passion pour le tennis, on notera
qu'il les aura offert aux sponsors locaux qui soutiennent les
tournois satellites ATP qu'il organise. Une ligne dans les
remerciements du programme officiel peut-être?
«Malheureusement pas, car même s'il a fait un grand
investissement à son niveau, la somme reste petite en
comparaison avec les sommes très importantes versées par les
sponsors principaux de la Coupe Davis», répond Grand Chelem
Management. Et tout ça n'aura même pas fait un coup de pub
pour le centre de Crissier puisqu'on aura exigé de lui qu'il
n'ébruite pas la venue des équipes de Suisse et de France sur
ses courts.
Alors si on résume, ça fait 40 000 francs dépensés pour des
courts à surface rapide qui ne verront certainement jamais les
gambettes de Federer - est-il bon de rappeler que la Suisse s'est
faite éliminer par la France? - et une lettre d'insulte de la part
d'un joueur de Badminton membre du centre de Crissier et
mécontent de céder sa place aux prestigieux joueurs de l'équipe
de Suisse. Nicolas Russillon, inébranlable, ajoutera avant tout «la
joie d'avoir participé à une grande aventure. Le possible est en
nous, Yalla...!»