L'ÉDITORIAL

L'homme en blanc

ARIANE DAYER

Se taire. Juste un moment. Pour saluer, une fois encore,
l'immensité du petit homme en blanc. La Suisse avait
l'occasion de grandir à la visite de Jean-Paul II , les 5 et
6 juin prochains. Elle l'a ratée. Une quarantaine de
théologiens bien-pensants ont cru utile de publier une
lettre pour suggérer la retraite papale à 75 ans.
Des mots qui commencent par «Cher Monsieur le
Pape», pour mieux désacraliser, abêtir. Suggérer que le
«filet de voix» du personnage amènerait à spéculer
davantage sur son état de santé que sur son message.
Quelle erreur, quelle imbécillité.
Faut-il vraiment que nous manquions tous les moments
d'histoire? La Suisse est-elle si obsédée par les plus
petits dénominateurs communs qu'elle ne tolère jamais
la grandeur d'un homme? Incapable de séparer le
spirituel du temporel au point d'imposer partout ses
obsessions d'AVS? Le dernier sondage publié par GFS,
institut spécialisé en politique, tend à le prouver,
reprochant à l'Eglise catholique de s'éloigner de ses
fidèles parce qu'elle ne suit pas les majorités en matière
de célibat des prêtres et de sacerdoce des femmes.
Comme on analyserait un parti, comme si la doctrine
d'une Eglise pouvait marcher à l'audimat. Comme s'il
n'y avait pas d'autre dimension.
Pas de rapetissement possible: ceux qui essaient de
réduire Jean-Paul II à une fonction limitée sont voués à
l'échec. Il est le pape, mais pas seulement, un guide
spirituel, mais pas seulement, une voix politique, mais
tant d'autres choses. L'allégorie même de la foi, de la
lutte pour l'humain, de la résistance à l'horreur, de la
survie du sens. Un homme en blanc contre le vent. Celui
qui restera. Il est notre histoire, passé, présent et futur,
il est notre temps. Il n'a pas d'âge.