Résumé:
Ben c'est-à-dire qu'il faudra quand même bien que Celestino
Celestini, commissaire de son état, abandonne un moment sa
passion culinaire pour chercher enfin l'assassin à Rosten. Parce que
jusqu'ici, il n'a réussi qu'à se faire voler puis rendre le cadavre et à
se faire informer qu'il vaudrait mieux à l'avenir ne pas l'égarer, ce
cadavre. Le reste qu'il a fait, Celestini, c'est de la cuisine
uniquement. C'est fameux, mais ça fait pas avancer l'enquête d'un
ciron.
«Lâche-nous avec tes bains de boue, Ivo; et dis-nous plutôt s'il y a
quelque chose à trouver sur le corps à Rosten, soupira le
commissaire. Pendant ce temps je m'occupe du problème du
président.»
- Cochemain? demanda Ivo
- Lui-même.
- Aider un politique, Cele, tu serais pas en train de passer de
l'autre côté de la justice? Sont jamais nets, ces mecs là.
- Lui l'est. D'abord, il cuisine bien; ensuite il m'a demandé de
l'aider à tomber. Mais motus, hein, les gars…
- Ben… évidemment, motus. Comment veux-tu qu'on raconte
quoi que ce soit quand on n'y comprend rien? L'aider à tomber,
ça veut dire quoi au juste?
- Qu'il réclame la publication d'un scandale.
- Normal, font tous ça. Mais contre qui?
- Contre lui.
- Tu permets que je récapitule, Celestino? Le chef du
gouvernement interfère dans le travail de la police et lui
demande de maquiller la réalité pour le faire plonger; c'est ça?
- C'est ça.
- Avec toi, Celestino, c'est comme avec ton veau cuisson lente
aux poireaux et morilles: faut attendre l'explication longtemps
mais quand on peut enfin goûter, on se régale. C'est juteux,
subtil, goûteux et parfaitement apprêté.
Les trois hommes observèrent alors quelques minutes de silence.
Recueilli, le silence. Les yeux baissés. Chacun demeurant perdu dans
ses pensées. De cuisine pour Ivo; d'ensevelissement à la suceuse
pour Costanti; de crime pour Celestino. C'est Ivo qui, enfin, rompit le
silence: «Dis, t'as vu que notre copain Danish se marie?»
- Danish Dynamite?
- Lui-même et c'est moi le témoin.
- C'est qui Danish Dynamite?demanda Costanti
- Un pote à nous. Vieux pote à nous, répliqua Ivo. Un fondu qui a
passé toute sa jeunesse à pêcher dans le Rhône à la grenade.
Paraît que quand il est fâché, il le fait encore.
- C'est justement pour ça que c'est un pote, renchérit Celestino.
Heureusement que les brochets déposent pas plainte et que je
suis pas garde-pêche… parce que c'est pas certain que ce soit
absolument légal.
- Ça, pour être pas légal, c'est pas légal, asséna Costanti.
- Je sais bien Louis, mais du coup, le poisson, il est plus facile à
préparer.
- Bon Dieu, jura Ivo. Ça me fait penser que j'ai encore un cadavre
à préparer.
- C'est qui?
- Celui à la vieille Sidonie. Pas de la tarte, les mecs. Elle a jamais
souri de son vivant et je crois bien qu'elle rigole morte
- Et où est le problème?
- Tu comprends rien à mon travail, Cele. Les familles, les
héritiers, tous, ils veulent de la continuité. On n'a pas le droit
de changer, quand on est mort. Faut être dans le mouvement,
dans le conforme. Pas autrement. Sidonie, l'a pas souri dans le
monde; faut pas qu'elle ricane dans l'outre.
- L'outre?
- Tombe, Celestino; l'outre-tombe.»
En regagnant ses pénates, Celestino réfléchissait. Comment
comprendre l'avertissement de l'assassin?Et du reste, était-ce
vraiment l'assassin qui venait l'avertir de ne pas jeter le corps à
Rosten?Et qu'est-ce qu'il y avait à trouver dans son corps, à
Rosten?Et le président Cochemain, qu'est-ce qu'il venait faire là au
milieu?Et quand c'est qu'ils auront tous fini de m'empêcher de
manger en paix, bon Dieu!
LA RECETTE
Veau cuisson lente aux poireaux et morilles
Pour quatre personnes, il nous faut en gros un mignon de veau de
600 à 700 grammes, du blanc, de la crème, des poireaux et des
morilles. Au plus il y en a (des morilles), meilleure est la recette. La
viande, il faut la saisir à la poêle beurrée quelques minutes (c'est
pour fermer les pores). Ensuite, on réserve la poêle et on passe la
viande dans un plat préchauffé, comme le four, à 80 degrés. On les
laisse tous les deux au four à cette température pour 1 heure 45 à 2
heures (ce qui nous laisse quelques minutes pour lire Saturne).
Pendant la cuisson, on jette les poireaux tranchés en julienne dans la
poêle avec les morilles et une généreuse rasade de vin blanc (une
partie du reste du vin blanc, s'il est bon seulement, on peut le boire
en finissant de lire Saturne justement). Après un moment, on ajoute
la crème, le sel, le poivre coutumier, on relaisse mijoter un court
moment et le tour est joué. On couvre (y aura plus qu'à réchauffer la
sauce quand le veau sera cuit) et pendant l'heure qu'il reste pour la
viande, on s'offre une partie de croquet, un parcours de golf 18 trous
ou toute autre activité pour se décontracter avant l'arrivée des
invités.
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