LA LETTRE D'AMOUR

Il faut recapitaliser Charles Favre

TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN

Charles Favre, mon désamour, mon emprunt russe, si tu
n'existais pas, faudrait-il t'inventer? Ma réponse est non. D'abord
parce que tu t'efforcerais de t'inventer tout seul; ensuite parce
que dans ta suffisance, tu t'inventerais insuffisant, que ça
correspondrait affreusement à la réalité et que de cette réalité là,
le pays a assez pâti.
Voyons un peu ton bilan. Capitalisons un peu:
Banque Cantonale Vaudoise: trois recapitalisations successives,
trois milliards de francs pour éviter la faillite. Est-ce tout? Non
hélas. Etat de Vaud lorsque tu en prends les finances: 6,1
milliards de dettes; Etat de Vaud quand tu libères ton siège: 8,4
milliards de dettes. Est-ce tout? Non, hélas. Parti radical vaudois:
électoralement triomphant à ton arrivée, laminé à ton départ. Estce
tout? Non, hélas! Les communes vaudoises, jadis pilier du
serein pouvoir d'Etat, abhorrent aujourd'hui ce qui vient du
Château. La faute à la péréquation et à la «facture sociale»,
comme tu disais, en les leur refilant. Est-ce tout? Non, hélas. Il y a
aussi cette omission involontaire d'une vente extraordinaire dans
ta déclaration d'impôt de 1995, est-ce tout? Et un bouquet fané
d'orchidées, non… Et quelques changements précipités d'opinion
avant votations, hélas…
Est-ce tout, cette fois? Oui enfin. Oui, je crois. Oui peut-être.
Oui, en exceptant toutefois cette toujours grande fatuité qui te
fait dire à longueur de justification: «Ce n'est pas moi, je n'ai rien
fait, j'ai oublié, je n'ai pas contrôlé» ou encore «coupable peutêtre,
mais de passivité». Oui enfin, en omettant la curieuse
tétanie du conseiller d'Etat Ch. Favre incapable de prévoir les
lourds reports de charge de la Confédération vers les cantons
votés par le conseiller national Charles F.
Oui, oui, oui… Oui, c'est assez. Assez dit.
Aujourd'hui, Charles, mon désamour, mon emprunt russe, tu
tentes de te recapitaliser en briguant immédiatement la viceprésidence
du Parti radical suisse, et pour plus tard le Conseil
fédéral. Persévère, mon Charles, continue, insiste, sois élu je t'en
prie. Après ton passage aux pinacles fédéraux, je suis curieux,
tellement curieux de voir comment il faudra s'y prendre pour
recapitaliser, que sais-je… La Banque nationale?