L'ÉDITORIAL

L'annonce faite par Marie

ARIANE DAYER

Ressortir les classiques, rien d'autre à faire. Citer Mauriac
parce qu'on ne sait plus quoi dire: «Je doute s'il existe pour
la presse un crime d'indiscrétion. Mais il existe un crime de
silence.» Les grands mots pour un tout gros vertige. Depuis
que Marie L. a eu «un coup de solitude», depuis qu'elle a
fait croire qu'elle avait été agressée dans le RER, depuis
qu'elle a attiré toute la sympathie puis l'opprobre de la
Nation, la France hoquette des citations.
Au premier réflexe, la fable de Marie L. faisait éclater de
rire. Président, Parlement, ministres, police, médias, tous
bernés. S'entraînant mutuellement à la faute dans un climat
pré-électoral. Tordant. Jusqu'à l'arrivée des réactions,
nettement moins drôles. Passe encore que les politiciens
croient s'absoudre en affirmant que, si l'affaire n'est pas
réelle, elle n'en est pas moins crédible. Comment les médias
peuvent-ils faire de même? Comment se contenter de dire
que cela «sonnait juste»?
Non, la vérité n'est pas aléatoire. Il ne suffit pas qu'un
événement soit plausible pour qu'il soit vrai. La presse se
suicide si elle se met à relativiser les faits. Les éditoriaux
français vont un peu vite lorsqu'ils appellent le public à se
débrouiller en multipliant ses sources d'informations, ou
quand ils assènent des excuses en kit pour passer plus vite
à autre chose. Aucun média au monde n'aurait échappé au
piège de Marie L., mais aucun n'a le droit de minimiser
l'affaire. Le journalisme soutient la démocratie par sa
recherche de vérité, puis par sa capacité d'indignation.
Quand il inverse les deux, nous en avons honte.