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N°12 - 13 août
2004
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L'ÉDITORIAL
Lynndie, l'utile sorcière
ARIANE DAYER
Elle n'a pas pleuré, brûlons-la. Parce que Lynndie England, la jeune soldate américaine accusée de torture n'a pas «manifesté d'émotion» lors de son audition devant la commission militaire, elle risque encore plus gros qu'avant. De payer pour tout le bourbier irakien, de servir de fusible pour l'entier du scandale de la prison d'Abou Ghraib. Commode: elle se défend si mal qu'elle se laisse acculer au rôle de sorcière isolée, soumise à aucun autre ordre que celui de Satan. De la sorcière, Lynndie England a toutes les caractéristiques. Pas trop jolie, pas particulièrement féminine, elle est soupçonnée de «perversité» sexuelle, pour la nudité des prisonniers sur les photos, et pour l'amant qu'elle rejoignait la nuit (ce qui est, paraît-il, inadmissible). Au lieu de brandir, comme le fait une mère digne de ce nom, son ventre de femme enceinte épanouie, elle le cache sous un treillis militaire informe. Hier, elle n'était «jamais à l'heure» dans son service, aujourd'hui elle n'éclate pas en sanglot devant ses juges. Elle ne dénonce personne avec hargne, elle ne fait rien comme on voudrait. Elle risque trente-huit ans de réclusion. L'opinion publique américaine et les autres vont-elles se contenter de ce jugement-là? Tolérer que l'enquête en responsabilité dérape vers le procès en personnalité? La seule chance de Lynndie England est-elle vraiment qu'on trouve la preuve formelle qu'un officier lui a dit: «Je t'ordonne de tenir en laisse ce prisonnier nu»? Se contenter de mettre en cellule cette femme-là est aussi absurde et infantile que de croire qu'on effacera les exactions commises en démolissant la prison d'Abou Ghraib. Quand des soldats non formés sont utilisés comme gardiens de prison, quand une armée ne sait plus pourquoi elle est venue ni à quoi elle sert, quand les procès servent de paravent, il n'y a pas de sorcière. Seulement une responsabilité politique.
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