Nom de bleu ça veut commencer à aller, ces histoires
de réfugiés vaudois, enfin je veux dire, ces réfugiés
dans le canton de Vaud, y'a pas un jour qui passe sans
que j'ouvre mon journal pour tomber sur des articles et
des lettres de lecteurs et des avis en tous genres sur la
question. Qu'on nous foute la paix avec ces gaillards,
une fois pour toutes, tonne JEAN qui transpire un peu
(nom de bleu je suis trop habillé, avec c't'arrière-été tu
sais jamais quoi mettre t'es sûr que t'as soit trop froid
soit tu sues dans la tiaffe). Ce que je dis, dit JEAN, c'est
qu'y faudrait se décider, on les réexpédie avec un billet
simple course chez eux, passque là-bas c'est quand
même chez eux, tout le monde a un endroit où c'est
chez lui, qu'on ne raconte pas des conneries, même les
Africains qui viennent de pays où les frontières bougent
aussi vite que les régimes eh ben y z'ont une sorte de
chez eux, les racines tu nais avec c'est forcé. Et donc je
dis qu'y faut les renvoyer, mais alors il faudrait se
décider vite, passqu'on peut suivre la loi et même on
doit suivre la loi, mais faut aussi penser que y a quand
même des humains là-derrière, et qu'on peut pas les
faire attendre jusqu'à la Saint-Glinglin, sans même dire
que chaque jour qui passe nous coûte quelque chose.
Donc on les réachemine de là où ils viennent, ou alors
on leur dit que c'est bon y peuvent rester. Point. Et moi
je dis qu'on a trop attendu, avec moi ça discuterait pas
tant que ça, je te foutrais tout ce monde à la porte à
peine arrivé. Seulement mainant c'est trop tard, ils se
sont acclimatés, leurs mouflets parlent le français mieux
que leur sabir, et surtout, surtout, on se rend compte,
comme je disais, qu'on a affaire à des personnes, et pas
seulement à des numéros de dossiers et à des cas, on
voit bien que c'est des vrais gaillards et épouses et
enfants, et là, on n'arrive plus à faire le boulot
proprement passque nous autres on est pas des sanscoeur,
alors qu'on n'aurait pas tant discuté d'entrée, on
faisait pas entrer en ligne de compte les sentiments.
Passque dès ce moment t'es foutu, explique JEAN avec
ténacité en terminant son verre de Féchy (des fois
j'aime bien aussi boire du La Côte, ceux qui disent que y
a que le Dézaley exagèrent même si y a un peu du vrai,
moi je dis qu'il faut être curieux). Y faudrait pouvoir être
ferme sans excès, empêcher même les réfugiés d'avoir
l'idée de venir chez nous, qu'y sachent qu'il n'y a
aucune chance, et là, on serait tranquilles, on aurait
appliqué le règlement, mais avec un respect des gens,
et ça, c'est le principal.
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