De quoi l'Homme a-t-il peur? Je remercie Mme A. Dayer d'avoir soumis l'article en
question à la réflexion des lecteurs, à la mienne en tout
cas.
Cet article vient à la suite de ma lecture (tardive) de la
chronique de Claude Monnier («Bloqués dans une mer
des Sargasses, nous n'avançons plus d'un
millimètre...»), puis des réflexions du professeur
Alexander Bergmann (Migros Magazine du 24.08.04), et
finalement d'une discussion familiale de quatre heures
hier soir (mon ex-épouse, notre fille de 20 ans, son
compagnon de 23 ans et moi-même) quand à leur
intention de prendre logement et vivre ensemble.
La lecture de votre article terminée, le mot «petit» est
venu s'accrocher à mes pensées. Alors que le monde
économique est depuis de nombreuses années, et
continue puisqu'aucun frein ne lui impose des limites,
dans un processus de globalisation à outrance, donc
devient de plus en plus «grand», le monde sociopolitique
(notamment dans sa dimension humaine), lui,
suit la courbe inverse, se rétrécit, devient de plus en
plus, «petit». Où cela nous mène-t-il? Faut-il attendre
l'émergence de la barbarie (cf Claude Monnier) avant
que le cours des choses change?
Pourquoi l'Homme est-il si petit? De quoi a-t-il peur?
Genève brûle (je préfère «se consume et se refroidit»),
oui, mais n'en est-il pas de même pour la Suisse,
l'Europe, le Monde?
Sincèrement,
Gérald R. Pralong, Genève
L'évolution de la ville
Je tenais à vous féliciter pour votre récent article, dont
je partage, pour l'essentiel, l'analyse. En tant
qu'étranger établi à Genève depuis 1971 et qui a eu la
chance d'y venir par affectation professionnelle
parentale et non par nécessité économique ou
politique, je me suis toujours senti libre d'exprimer mon
appréciation et ma critique. Et il est certain que
l'évolution des 10 dernières années est
particulièrement affligeante: Genève, jadis la (petite)
grande ville la plus calme, la plus sûre et la plus
agréable d'Europe malgré une forte immigration
(d'origine européenne il est vrai), a maintenant (avec
une forte immigration non-européenne) un taux
d'homicides avoisinant celui de la France, et dépassant
largement (plus du double) le taux national allemand ou
italien (voir les statistiques 2002-2003 de l'Union
Européenne)!!
Vous avez raison de stigmatiser l'impuissance et la
veulerie des responsables politiques face aux multiples
problèmes que connaît la ville. Mais vous avez tort de
dénoncer une dérive sécuritaire: ce qui manque
cruellement c'est une cohérence en forme de tolérance
zéro dans la politique sécuritaire, c'est une
discrimination claire et assumée entre étrangers au
comportement intégrable et ceux qui bafouent toute loi
à commencer par celles non écrites du savoir-vivre le
plus élémentaire, c'est, bien entendu, le refus sans
appel de l'amalgame mais aussi une sévérité
impitoyable dans la répression des comportements
déviants; du moins si l'on veut éviter que, la confusion
aidant, les gardiens de l'ordre ne finissent par rejoindre
les délinquants dans le chaos général! Il est vrai que
l'ordre public n'est qu'un des problèmes: mais
l'expérience enseigne qu'une vraie discipline, imposée
de l'extérieur, agit sur les psychologies,
particulièrement sur celles dont l'éducation a été
quelque peu négligée. Je ne saurais trop vous conseiller
de relire Pascal et Nietzsche, absolument clairs sur ce
sujet.
Je propose à tous ceux que ces propos heurteraient de
simplement flâner à travers la ville ou d'utiliser les
transports publics pour s'apercevoir de l'incivilité
grandissante que nous, citoyens et
résidents honorables, sommes contraints de subir dans
ce qui était jadis un havre de paix.
Meilleures salutations.
Ernesto Ricci, Genève |