| LE FEUILLETON
Episode 14 et fin.
La fin d'un créateur de talent
TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN
Résumé: Celestino Celestini trouve un début de
réponse à l'énigme en parlant avec la femme à
Rosten. Mais il ignore encore ce qu'il cherche. C'est
son ami qui lui ouvre les yeux. Mais trop tard.
Celestino décide de les fermer, justement, les yeux,
par lassitude. Aussi bien, l'assassin à Rosten, eh ben
il court toujours.
«Celestineu! C'était le procureur et l'était pas
content. Ç'quoi c't'histoire à Cochemain? Arrêté
pourquoi? C'quoi c'bordel, merde?
- Jurer ne vous ressemble pas Monsieur le
Procureur. Des soucis?
- Oh lui! le délire! Il m'arrête le président du
gouvernement et il me demande si j'ai DES
soucis. C'est pas DES soucis que j'ai, c'est DU
souci! M'entendez commissaire? Avant de vous
connaître, j'avais des soucis, beaucoup, petits.
Maintenant, je n'en ai plus qu'un, mais énorme.
Enfin énorme; 1,85 mètre au plus, mais c'est
suffisant pour vous pourrir la vie. Non mais
visez-moi ce commicon à la saire. Vous êtes
mon seul souci commissaire et sans
contrepèterie. Pire, vous êtes mon contrepet.
Une langue qui fourche, un lapsus, un
bafouillage et pourquoi pas un borborygme
finalement, hein? qu'est-ce qui me retient? Vous
allez me relâcher Cochemain vite fait, vu? Et
m'adresser du même coup votre lettre de
démission. Du reste j'imagine que c'est déjà fait,
non?
- Non, monsieur. Je le garde jusqu'à la limite
légale.
- De quoi? Misérable! De quel droit? Hein? Et sur
quel ordre?
- Le sien
- Qui le sien? Quoi le sien? Soyez plus explicite,
merde. Qui, quel obscur, quel suiffeux a bien pu
vous ordonner d'arrêter Cochemain?
- Cochemain.
- Co quoi?
- Co-che-main.
Et ce fut tout. Un gargouillis et puis tut, tut, tut, tut.
Ce qui laissa le temps à Celestino de réfléchir encore
à l'affaire Rosten. Il le fit en se tapant une magnifique
caponata avec Danish Dynamite. «Tu vois, mon
problème, «Convoleur», c'est que je sais que Rosten,
il avait un secret, mais que je ne sais pas lequel. Une
passion, mais laquelle? Des ennemis, mais lesquels?
L'avait enfin la mort entre les dent, mais l'avait rien
dit à personne.
- Ce que je vois, moi, c'est que tu exposes à
l'envers. D'abord il est malade, ensuite il a une
passion liée à son secret, enfin il a peut-être des
ennemis plus pressés que son cancer.
- Développe, «Uni par les liens du»!
- Son cancer, c'est le début et c'est la fin. Il
menace sa vie, mais même s'il survit, Rosten, la
maladie menace aussi son secret.
- Poursuis, «Just married»!
- Je veux dire par là que le secret de Rosten, il est
dans son corps.
- Et après, «Epousé»?
- Les seuls effets visibles d'un cancer, ce n'est
pas directement la maladie, c'est son
traitement.
- Et alors, «Mari»?
- Et alors une chimio, ça fait perdre ses cheveux.
- ???... Tu m'excuses deux secondes? Un
téléphone à passer. Allô toubib, Rosten, vous
l'avez encore?
- Oui, mais commence à faisander.
- Rasez-le moi. C'est-à-dire tondez le, complet. La
boule à zéro. Vous me rappelez après.
Celestino et Danish Dynamite en étaient au café
quand le médecin légiste rappela.
- Sur le crâne, Celestini, il a tatoué un numéro et
la forme d'une clé.
Celestino nota le tout, finit son café et rentra chez lui.
Il était fatigué. Déprimé, usé par toutes ces années
de meurtres et de crimes. Désoeuvré surtout, détaché
de tous ces mystères à la con. Il but une bouteille de
St-Joseph à lui seul et se replongea dans ses idées
noires. «Rien à foutre finalement de savoir qui a buté
ce salopard de Rosten. Rien à cirer de ces histoires.
Marre de ce métier, assez de cette vie…» Et puis,
après un long moment de réflexion, cette ultime
pensée empruntée à je ne sais qui: «Quand j'ai des
idées comme celles-ci, j'ai bien envie de les
remplacer par une balle de 7,65.»
C'est ce qu'il fit. On l'enterra en même temps que
Rosten et que l'affaire. Et la cuisine perdit un créateur
de talent.
LA RECETTE
Caponata
Faut des aubergines, du céleri branche, des câpres,
du vinaigre balsamique, de l'huile d'olive, des
tomates, de l'ail et un carré de sucre.
Couper tous les légumes en gros cubes de 2 cm de
côté environ. Commencer par jeter les aubergines
dans une casserole avec un peu d'huile d'olive.
Ajouter ensuite pêle-mêle les tomates et le céleri
branche. Ajouter l'ail, du vinaigre balsamique rouge
et mélanger. Laisser mijoter suffisamment longtemps
en goûtant de temps en temps. Rectifier
l'assaisonnement quand c'est nécessaire. Finir par
jeter un petit carré de sucre et laisser refroidir le tout.
Au frigo. Ça se mange froid, c'est bien bon, et les
prochaines recettes paraîtront au prochain numéro. |