| LA FICTION, D'APRÈS UN FAIT DIVERS
Au-delà de lui et moi
TEXTE: JEAN-JACQUES BUSINO
Les enquêteurs tentent de démêler les liens
troubles qui unissent Fourniret et son épouse
Monique Olivier.
Il m’aimait. Il le disait. On ne sait jamais qui est
l’autre mais lui, lui était là. Il me parlait de la vie,
de la place du fort et du faible dans le monde
actuel. Je n’ai jamais fait partie des gagnantes,
sans lui je me serais fait dévorer par le premier
venu.
Au début, je lui ai demandé si c’était mal, j’ai
essayé de ranger nos actes d’un côté ou de l’autre.
Il avait la réponse à toutes mes interrogations. Pour
lui, le bien et le mal n’étaient que des hochets
donnés aux citoyens pour meubler leur vie afin de
permettre aux puissants de garder le contrôle. Il
me disait que tous ceux arrivés au sommet ne
pouvaient pas avoir les mains propres et qu’il ne
voyait pas pourquoi nous, à cause de notre
naissance, n’avions pas le droit à ce qu’il y a de
mieux.
Nous partagions tout, nous étions un couple. Il
répétait souvent qu’aucun de nous ne partirait sans
l’autre. Chaque fois qu’il me mettait au courant de
ses actes, il me les décrivait comme si nous étions
deux à y avoir participé. Il le faisait pour nous, pour
que nous ayons la possibilité d’être ensemble et
me jurait qu’aucune barrière ne l’arrêterait si j’étais
avec lui, si je lui donnais ma force. J’étais la femme
la plus aimée du monde.
J’avais la primeur de ses actes, une marque de
confiance unique, un diamant précieux, sans prix.
Ses actes étaient indissociables des miens. Je
n’avais pas besoin d’être là, physiquement. Il
racontait et racontait encore, des nuits entières,
jusqu’à ce que ses souvenirs deviennent les miens,
jusqu’à ce que nos vécus se confondent.
Je pouvais avoir confiance en lui comme en moimême;
il ne me cachait rien. Il déposait à mes
pieds des pans de son existence et m’en faisait
cadeau, comme une offrande à notre amour, une
bûche dans notre âtre.
Je vivais trois vies simultanées. Celle ou je me
retrouvais seule, celle ou nous étions les deux et
celle qu’il partageait avec moi, qu’il passait à mon
doigt comme une nouvelle bague de mariage.
Aucune femme n’a été aimée comme je l’ai été.
Les hommes cachent une grande partie de leur
existence. Mon mari renouvelait quotidiennement
son serment de fidélité et dressait pour moi des
autels sur lesquels il sacrifiait son intimité. Je
recevais ces offrandes comme une reine reçoit des
marques de respect, des signes d’allégeance.
Même si certains jugent, j’ai été une femme
comblée. Un homme m’a ouvert son coeur, son
esprit et n’a plus jamais eu de secret pour moi. Je
souhaite aux femmes de vivre une union similaire.
Rien de ce qu’un homme peut offrir à une femme
ne remplace la confiance aveugle, l’oubli de soi, au
nom de l’amour que nous nous étions jurés le jour
de notre mariage. |