L'HYPOCONDRIAQUE

Le gène à la gégène

L'origine du mal est sous mon crâne. Si je ne suis jamais
dans le vent, si je ne regarde pas la dernière émission
de Martina Chyba, que je ne défile pas aux marches
blanches et me refuse à porter un jeans qui couvre tout
juste ma pilosité pubienne, c'est parce que le gène de la
ringardise, désormais détectable comme l'affirme le
Caltech's Social Cognitive Neuroscience Lab de
Pasadena est là, tapi dans les méandres de mon
cerveau. La nouvelle m'a paru tout à la fois bonne et
mauvaise. Soulageante, parce qu'au rayon de la
responsabilité tout ce que je peux refiler à mes parents,
m'enlève un poids. En revanche, je découvre que la
ringardise est une maladie, une des rares que je ne
pensais pas avoir. Et qu'il faudra bien que je me soigne
parce que selon les conclusions, le mal peut vite
empirer. Y a-t-il un traitement pour ne plus aimer les
slips à bord large qui couvrent le nombril et peuvent
être tirés jusqu'aux aisselles? Si je me fais soigner le
gène, si je me le fais griller à la gégène, aimerai-je les
strings? Supporterai-je la ficelle arrière – cette
tronçonneuse – sans me dire qu'elle scie mon corps en
deux jusqu'à la glotte? Ai considéré Hervé, son bulletin
de vote du 26 septembre dernier, son M-jeans et son Mslip.
Me demande s'il ne couve pas une petite maladie...

Béatrice Schaad

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