«On pourra plus péter»
TEXTE: DENIS MAILLEFER
Nom de bleu de nom de bleu alors en plus ils voudraient que ce soit plus possible de tirer sa Brunette au bistrot ou dans les trains ou même dans tous les lieux publics? Et pis quoi encore? Ils veulent que ce pays soit bientôt encore pire que chez les amerloques, où tu vois ces fumeurs en train de se les geler avec leur clope en bas des bildingues de manatane comme des espèces de pestiférés? (si, si, JEAN connaît ce mot). En plus je lis que c’est une initiative émanant de plusieurs partis, alors moi je dis que si même la droite devient gauchiste, ce pays va à veau-l’eau (JEAN l’écrirait comme cela), et c’est encore un euphémisme. Passque moi, dit JEAN, soudain grave, je pose la question qui brûle les lèvres de beaucoup passque c’est un pavé dans la mare mais qu’aucun n’ose poser: cékiki va payer l’avs si les fumeurs ne fument plus? Qui? Passque si les fumeurs ne peuvent plus fumer nulle part eh ben y fumeront plus, y’a pas à tortiller et c’est quand même pas difficile à comprendre. Et si ils ne fument plus, non seulement les caisses de l’avs seront vides comme je l’ai dit, dit JEAN, mais en plus, et je le dis sans cynisme, les ex-fumeurs deviendront eux aussi vieux, et la présence du vide dans les caisses se fera doublement sentir. JEAN se tait un instant et savoure le silence qui suit son analyse. Il en profite pour s’en resservir un petit. La vérité, c’est que fumer c’est convivial et on veut empêcher les gens d’être conviviaux, voilà. On veut que les gens y travaillent et y paient et y fassent out comme il faut. Mais ils oublient qu’on est libres, quand même. Passque si ça continue bientôt on pourra plus fumer, on pourra plus boire, même plus 0,8, même plus 0,5, et même, même, on pourra plus péter, ni au lit ni ailleurs, on pourra plus, sauf votre respect mesdames, se gratter les burnes, on aura plus le droit de puer sous les bras, on aura que le droit de manger des carottes bio, d’aller au fitness et à la piste Vita, de se coucher tôt et de regarder l’émission intello de Massimo Lorenzi à la tévé pour ne plus être con. Alors moi je dis que si c’est çà, je vais au Pont Bessières direct, je l’enjambe malgré leurs barrières riquiquis, je me fous en bas, et je lègue tout mon pognon à Philip Morris, rien que pour les emmerder tous.