Dans le cas de son dernier livre Après l'Empire, Emmanuel Todd prédit la fin de l'impérialisme américain. Les éléments qui l'amènent à cette prédiction sont la baisse de productivité, le déficit croissant de la balance commerciale, et l'augmentation parallèle du déficit budgétaire.
Sur la base de ces éléments, Todd déduit que les Etats-Unis ne sont plus un empire tout-puissant, mais un colosse aux pieds d'argile qui est dans une situation de dépendance et d'exploitation du reste de la planète.
Il considère également que les Américains ne seront plus en mesure dans le futur de maintenir cet état de fait, et que leur impérialisme militaire n'est en fait que gesticulations ayant pour objectif de masquer leur faiblesse réelle.
Un autre élément essentiel de son livre est la mise en parallèle des courbes de natalité et d'alphabétisation. Todd pense que la baisse de la natalité, liée à l'augmentation de l'alphabétisation est le signe inéluctable de l'avancée d'un pays vers la démocratie.
Il en déduit que le monde est en marche de manière globale vers la démocratie, à quelques exceptions près.
Toutefois cette marche en avant ne peut pas se faire sans un déracinement des valeurs traditionnelles, déracinement qui conduit ces sociétés en mutation à des soubresauts parfois violents avant que la démocratie puisse se mettre en place. Todd pense que bien des extrémismes actuels sont l'expression de cette situation.
Mais qui est donc Emmanuel Todd? En 1976, à 25 ans, jeune chercheur frais émoulu de la Sorbonne et Docteur de Cambridge, il publie La chute finale où il prédit la décomposition et la fin de l'empire soviétique. Son livre avait bien marché mais comme pamphlet anticommuniste, la prédiction n'avait pas été prise au sérieux. La relecture aujourd'hui de cet ouvrage postérieurement aux événements que nous avons vécus depuis, nous laisse passablement stupéfaits. Comment Todd a-t-il fait, à contre-courant de la plupart des penseurs de l'époque, pour avoir une telle lucidité dans sa vision de l'URSS d'alors, car ses prévisions se sont bel et bien vérifiées et réalisées depuis lors.
Quand 26 ans plus tard, en 2002, ce visionnaire publie Après l'Empire - Essai sur la décomposition du système américain, on semble en droit de se demander si grisé par ses succès précédents, il n'a pas fini par se prendre pour un prophète qui déferait les empires au gré de son humeur: prédire la fin de l'Empire américain, après avoir annoncé la chute de l'Empire soviétique, cela paraît beaucoup pour un seul homme.
Une fois la stupéfaction passée, il semble bien qu'il mérite d'être pris au sérieux, et en tout cas de lui accorder notre attention, et de le lire sans préjugés.
On peut alors se demander quelles sont les sources d'inspiration de ce nouveau prophète, et quelles sont les entrailles de l'animal dont l'observation lui permettent d'obtenir des visions sur l'avenir du monde. Il semble bien qu'il y ait quelque chose de cette ordre-là, et que les entrailles de l'animal à analyser soient celles de l'homo sapiens. Plus sérieusement c'est bel et bien en analysant les phénomènes liés à la reproduction de notre espèce que Todd fait son travail d'analyse.
Emmanuel Todd est en effet historien et démographe. C'est bien souvent dans l'analyse des courbes démographiques qu'il entrevoit ce que d'autres n'ont pas su lire avant lui.
Dans le cadre de La chute finale, essai sur la décomposition de la sphère soviétique, il décrit une forte baisse de la natalité et une augmentation de la mortalité infantile qui sont annonciateurs pour lui d'une prochaine chute de la dictature.
Les choses ne sont bien entendu pas aussi simples, et c'est aussi une analyse brillante du modèle soviétique économique et politique et de leur contradiction qui avait amené Todd à penser que la fin ne pouvait être qu'inéluctable.
D.E.