LE COIN BRICO

La garde-robe de Jens Adler

TEXTE: PETER PETER

Corps en polystyrène

Le modèle de gestionnaire humanoïde nommé «Jens Adler» a été conçu au milieu des années 90, par un fabricant suisse visionnaire, qui a parfaitement bien compris le genre de dirigeant dont le 21e siècle serait friand. Ce spécimen de la deuxième génération comprend une double prise électrique au niveau du cœur, pour les déplacements à l'étranger. Il est démontable au niveau des genoux, des bras, des épaules, du ventre et au niveau supérieur du crâne, pour les inspections mensuelle de la Commission fédérale de la communication. Entièrement fabriqué en polystyrène, il est résistant à l'eau et restructure l'entreprise à laquelle vous l'affectez sans aucune vibration émotionnelle perturbatrice, contrairement aux modèles prédécents. Prix sur demande.

Costume de travail

Comme tous les grands patrons, Jens Adler porte un costume de travail gris/gris-bleu. On remarque cependant à quelques détails que le chef de Swisscom n'est pas comme les autres. Son costume est en effet parsemé de micros longue distance, qui servent à écouter les commentaires de ses employés sur son passage (ce qui montre que, tout robotique soit-il, le modèle «Jens Adler» n'en est pas moins habité d'un sentiment typiquement humain - et typiquement patronal - comme la paranoïa). Autre détail, ses épaules sont agrémentées de paraboles radios, qui lui permettent d'envoyer immédiatement une annonce de licenciement à ses actionnaires, et de ne pas les laisser trop longtemps dans l'angoisse des petits profits. Il faut aussi noter ses mains, spécialement fabriquées pour couper dans le budget. Enfin, on remarque une jolie fantaisie au niveau du bassin, habillé des couleurs de l'entreprise (ce qui montre que, tout restructurateur soit-il, un patron électronique peut aussi être un sacré boute-en-train).

Tournevis d'auto-contrôle (+ les piles)

Malgré la relative perfection de ses circuits, le modèle de gestionnaire électronique «Jens Adler» peut connaître quelques ratés. Sa mauvaise prévision du bénéfice de Swisscom 2004 (l'entreprise a engrangé 1,3 milliard au lieu du 1,5 espéré) s'explique notamment par un changement de batteries trop tardif (une source non-autorisée raconte que son organisme a besoin de 56 piles 1,5 volts, ce qui est très fastidieux à changer). Voilà pourquoi le patron de Swisscom se promène toujours avec un tournevis de contrôle de charge, qu'il doit se planter dans l'oreille plusieurs fois par jour. Dès que l'ampoule rouge s'allume, il doit immédiatement se rendre chez Interdiscount.

Le bonnet de repos

Lorsqu'il se met au lit, Jens Adler n'arrête pas pour autant de travailler, ce qui est normal pour un organisme électronique. C'est d'ailleurs pour cette productivité inouïe qu'il a été choisi pour diriger Swisscom, parmi beaucoup de candidatures d'humains. Malgré tout, comme tout androïde de sa génération, le patron de la régie privée fédérale a besoin d'une période de passivité, le temps de refroidir quelques circuits. C'est alors que le Jens (comme disent ceux qui l'ont conçu) branche sur sa tête ce très joli casque de nuit multifonctions. Les deux grandes antennes supérieures servent à écouter en permanence les résultats de l'entreprise à la bourse. Les deux grandes antennes inférieures servent à vérifier en direct la performance des employés nocturnes. Les trois petites antennes à écouter Androïde FM, une radio qui passe beaucoup de Johnny Hallyday.

Envie de réagir? courrier@journalsaturne.ch

version imprimable