A la santé de la dame pipi
Je le savais, je le sentais et si je n'avais pas eu peur d'attraper une cochonnerie à force de flairer le mauvais coup, j'aurais fini par le découvrir moi-même: il y a 400 fois plus de microbes sur mon bureau que sur la plus mal fréquentée des cuvettes de toilettes publiques, révèlent des chercheurs de l'Arizona. WC fréquentés s'entend, par des individus faillibles dans le jet de précision, un peu comme mon intérimaire amant Hervé: il a cette désagréable propension à laisser des traces de son passage (freinage ou sortie de route c'est selon) – trait de sa personne qui est, je dois l'avouer, une véritable épreuve pour l'amour. Bref, que des toilettes visitées ou non par mon Hervé soient redoutables sanitairement parlant, soit. Mais que mon BUREAU soit une promesse d'infections! Cette zone que je croyais hygiénico-sécure, cette chose sur laquelle je m'appuie un peu comme sur Hervé (qui n'est pas une chose bien sûr) serait donc une promesse de mort à petit feu dans d'indescriptibles souffrances. Quelle engeance! Mon clavier et ma souris d'ordinateur, mon téléphone, sont tout de même des choses que je porte volontiers à ma bouche (même si dans le cas du clavier c'est plus rare). On imagine les drames possibles: herpès bucco-digital, perte des membres supérieurs, cancer microbien sans espoir de rémission...
Grâce à ces éclairés d'Arizona, ai pris conscience que je me devais d'aller travailler dans les sous-sols d'une gare à Genève ou à Lausanne où les pissoirs à 2 millions de francs sont garantis sans bactéries. Ai flanqué ma démission illico. Et ai postulé comme dame pipi. C'est cela le monde d'aujourd'hui: c'est dans l'urinoir que la santé est garantie. Et on voudrait que je ne prenne pas d'antidépresseurs.
Béatrice Schaad