Comment tout présider sans rien diriger
Joseph Deiss se vante d'avoir pacifié le Conseil fédéral. Pascal Couchepin et Christoph Blocher en rigolent encore.
TEXTE: NICOLAS GRANDJEAN
- Alors, Pascal, on ne me fait plus la tête? On se rend compte que le peuple a toujours raison? Et donc moi aussi étant donné que j'en suis le dépositaire et le garant?
- Mon cher Christoph, tu me cours sur le poil avec de tels discours. Moi aussi, tonnerre, je suis à l'écoute des gens.
- Ecoute discrète, apparemment. Tes propositions sur l'AVS ont fait chou blanc.
- La faute au PDC!
- La faute au PDC, Pascal? Comme tu y vas!
- Si, si, je maintiens: c'est la faute à Joseph Deiss et à ses sbires. Ils m'ont flambé sur ce coup-là en voulant se donner des airs de protecteur des faibles. Tu parles d'une reconversion; c'est comme si toi tu venais proposer une armée de professionnels…
- Tiens, pour une fois, je suis d'accord avec toi. Cela m'inquiète d'ailleurs…
- Bah, tout ça, c'est la faute au président. Le grand Joseph ne fait rien de visible, de grand, de présidentiel, quoi… Et voilà qu'à la fin de son année présidentielle, ce râle-petit, ce pense-mou se donne des airs de Nicolas de Flue…
- Surtout, mein lieber Pascal, qu'il n'y a vraiment pas de quoi fanfaronner: on continue, en fait, à se disputer autant qu'avant.
- Certes, mon cher, mais on le fait plus discrètement. Pacifiés, nous? Avec Micheline comme interlocutrice? Laisse-moi rire, Christoph, laisse-moi rire!
- Mais moi aussi, je ris. Car je me souviens de la façon dont «il» nous a enguirlandés, en septembre, lorsque nous nous sommes pris de bec à propos des conseillers fédéraux ectoplasmes, comme tu les as appelés. «C'est très vilain de se disputer, prenez exemple sur moi qui ne suis que bonté en paroles et modestie en actes»… On se serait cru à un concile!
- Le réveil, pour notre pontife, risque d'être douloureux!
- Surtout lorsqu'il lui faudra admettre que nous ne sommes toujours d'accord sur rien.
- Sur rien, Christoph, sur rien. Sauf, justement, sur le fait que nous ne sommes d'accord sur rien.
- Tant mieux: tout cela devrait gentiment nous permettre de tenir au moins jusqu'aux prochaines élections.