L'HYPOCONDRIAQUE

Bouche écossaise

Ne manquait que ça. Une étude du mensuel spécialisé «Journal
of Epidemiology and Comunity Health» affirme qu'une fois
recasés, les divorcés prennent du poids et font moins d'exercices
physiques. En bref, qu'ils s'enlaidissent à quitter leur femme
pour leur maîtresse; tout juste s'ils n'attrapent pas la gangrène,
le scorbut et la peste bubonique. Hervé, mon intérimaire amant,
est arrivé hier soir avec ce document en main comme s'il tenait
tout à la fois la Bible et le Coran de la double-vie, la preuve
ultime qu'il ne doit pas quitter qui vous savez pour ma sublime
personne, mais plutôt continuer sa vie ainsi comme on lape une
glace à l'eau et au gingembre (le gingembre c'est moi) sans
jamais choisir l'une contre l'autre. M'a fait l'effet d'une douche
écossaise, d'un discours de Bush ou d'une déclaration de Joseph
Deiss. Je veux bien avaler qu'Hervé ne m'honore que le jeudi
(jour du cours de feng-shui de madame), que je sois en stand-by
durant les vacances scolaires, Noël et le jour de l'an et que
pendant l'acte il lui arrive de susurrer le prénom de sa femme,
pour dit-il se déculpabiliser. Mais mettre en balance quelques
bourrelets supplémentaires pour lui et un incommensurable
bonheur, que dis-je, un tsunami d'amour pour nous deux, j'en
suis restée pantelante. J'ai tenté d'argumenter que l'étude disait
aussi que les remariés mangent davantage de fruits et de
légumes, que notre vie alimentaire commune serait un feu
d'artifice, que je promettais fidélité aux régimes Kousmine et à
l'éthique de vie de Rosette Poletti, mais Hervé a écourté la
conversation, il avait cours de fitness.

Béatrice Schaad

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