Financière d’abricots du Valais et noyau chocolat
TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN
Moi, ma recette pour rendre le monde meilleur, je me la garde. J’ai pas besoin
d’aller la tonitruer au WEF. Déjà WEF, hein, ça fait un peu SMURF. C’est pour
ça; ma recette à moi, je me la concocte dans ma cuisine, je me la mange sur le
pouce et le monde vire au rose, avec des chérubins partout et des houris aussi.
Et ça, à Davos, WEF ou pas WEF, ils savent même pas que ça peut exister.
Ce qu’il faut, pour 6 personnes, c’est un petit rien doublé du même. Pour le
noyau chocolat: 120 grammes de chocolat noir, 120 grammes de crème
liquide, 6 grammes de maïzena. Pour la financière d’abricots du Valais: 12
abricots du Valais, 6 boules de glace pistache, 25 grammes de farine, 70
grammes de sucre semoule, 70 grammes de poudre d’amandes, 100 grammes
de beurre noisette.
Ensuite, ça commence comme ça: vous vous assurez que tous les journalistes
économiques sont à Davos. C’est tout ça de pique-assiettes en moins et ma
financière d’abricots pour ces gougnafiers, c’est une perle pour des pourceaux.
Assurez-vous donc qu’ils sont loin. La technique est simple: collez une étiquette
à confiture sur le revers de votre veston, pour figurer le badge indispensable
(avec lui on entre partout, c’est le must, l’attribut du pouvoir, le sésame de la
connaissance, le Graal de l’ultralibéralisme), ouvrez un livre d’André Brink ou, à
défaut, de Paul-Loup Sulitzer et déclamez 10 grammes de mots (c’est-à-dire
environ 20 lignes). Si à la fin du verbal brouet, personne ne vous demande:
«Heu, dites-moi cher ami, le lunch offert par Veuve Clicquot, ça a bien lieu dans
la salle Bill Gates?», c’est que vous êtes seul et c’est très bien.
Remettez alors Paul-Loup Sulitzer et André Brink aux cabinets, revenez en
cuisine et commencez à chauffer la crème en réfléchissant aux chances de
redressement du tiers-monde. Ajoutez la maïzena et délayez légèrement avec
de l’eau. Eteignez le feu et ajoutez le chocolat haché. Mélangez jusqu’à obtenir
une mixture que vous allez mettre dans une sorte de bac à glaçons
rectangulaire et congelez.
Pendant que ça gèle, vous trouverez aisément le temps de biffer tous les
altermondialistes de la liste de vos invités potentiels. De toute manière, ils sont
pas libres ce soir: ils dorment au poste, à Davos.
Après ces menus travaux, passez à la financière d’abricots en mélangeant tous
les ingrédients sauf le beurre dans un saladier. Faites cuire le beurre jusqu’à ce
qu’il brunisse et interrompez la cuisson en trempant la casserole dans de l’eau
froide. Ajoutez le beurre noisette au mélange amandes, sucre blanc et farine.
Après, c’est du nanan! Vous garnissez les moules avec la pâte obtenue, vous
recouvrez du noyau chocolat congelé, vous recouvrez avec quatre oreillons
d’abricots valaisans et vous cuisez environ 20 minutes au thermostat 7 (200°).
Pour finir, vous laissez refroidir un peu, vous démoulez, vous posez sur une
assiette et vous y ajoutez une boule de glace.
Le tour est joué et alors là mes amis: my tailor is rich, very rich and I don’t like
potatoes and I méprise the WEF while I tutoie les anges. Vu?