Monsieur N. et les agents
Scène dans un tribunal de police en Suisse romande
TEXTE: NATHALIE DUCOMMUN
Le Président:
Monsieur l'agent vous êtes assermenté en qualité de témoin. Vous
n'avez aucun lien de parenté avec monsieur N. qui conteste la
contravention?
L'agent de police:
Négatif.
Le Président:
Vous souvenez-vous bien de l'affaire dont nous traitons aujourd'hui?
L'agent de police:
Oui.
Le Président:
Alors monsieur N. conteste l'amende infligée. Voici ce qu'il dit dans sa
contestation. Qu'ils étaient quelques amis à la sortie d'un restaurant
et qu'il y a eu des rires suite à une boutade. Qu'à ce moment-là un
îlôtier est venu, a dit qu'il y avait trop de bruit et a infligé l'amende.
Monsieur N. nous écrit: «Je pense que l'amende provient surtout du
fait que l'îlôtier n'a pas apprécié que je lui dise que c'était plus facile
d'importuner d'honnêtes citoyens comme nous plutôt que d'attraper
les casseurs du G8.» Votre réaction, Monsieur l'agent sur la
contestation de monsieur N.?
L'agent de police:
Nous, on a entendu du bruit, des gros cris sur la voie publique. On a
demandé de faire moins fort et comme les rires continuaient...
Le Président:
Ce sont les rires qui faisaient du bruit?
L'agent de police:
Oui.
Le Président:
Des rires comment?
L'agent de police:
Ben...
Le Président:
Ça s'est limité à un éclat de rire ou...?
L'agent de police:
Non, c'était plus qu'un éclat de rire.
Le Président:
Plusieurs rires alors?
L'agent de police:
Non, enfin, oui... c'était quand même une altercation de cinq, six
personnes.
Le Président:
Qui riaient.
L'agent de police:
Oui... enfin, qui faisaient du bruit.
Le Président:
Bien. En l'absence de monsieur N., nous n'avons pas d'autres
questions. Votre audition est terminée. Passons à la deuxième affaire.
Il s'agit toujours d'une opposition de monsieur N. à une contravention
infligée cette fois par un agent municipal. J'appelle l'agent municipal.
Monsieur l'agent, vous êtes assermenté en qualité de témoin. Vous
avez établi un rapport de contravention contre monsieur N. car il s'est
arrêté sur un emplacement interdit au stationnement.
L'agent municipal:
C'était une amende d'ordre, monsieur le président, pas une
contravention.
Le Président:
Ça ne va pas changer grand-chose pour nous. Vous confirmez ces
faits?
L'agent municipal:
Oui.
Le Président:
Bon. On n'a pas vraiment plus de détails sur l'affaire... Vous n'avez
pas par hasard vos feuillets avec vos commentaires sur vous?
L'agent municipal:
Je n'ai pas mes feuillets, mais j'ai la copie de mes notes inscrites
immédiatement après sur ordinateur.
Le Président:
Très bien. Le tribunal prend note que vous lui déposez un extrait
informatique de vos commentaires sur l'amende infligée. Je vous lis...
Donc le monsieur a actionné son signofile, vous lui avez fait signe de
ne pas s'arrêter à cet endroit. Le conducteur n'a pas voulu
obtempérer et s'est quand même arrêté à l'emplacement interdit.
Vous écrivez ensuite: «Je suis allé vers lui pour mon poser mon
amende d'ordre sur son pare-brise et il m'en a empêché en faisant
marcher ses essuie-glaces.» Bon. Vous avez quelque chose à ajouter?
L'agent municipal:
Il s'agit de quelqu'un que j'ai revu plusieurs fois. Il vient toujours à cet
emplacement, devant l'école, pour prendre ses enfants. Il a souvent
dit qu'il allait déposer plainte contre moi pour abus de confiance et
qu'on se reverrait au tribunal. Qu'est-ce que vous voulez... Le panneau
interdit le stationnement sur 50 mètres. Moi je me trouvais au-delà.
Pour moi, une personne qui est dans la zone des 50 mètres près de
l'école du village est dangereuse. Donc comme j'ai écrit, d'abord j'ai
fait des gestes pour lui signifier que l'emplacement était interdit,
ensuite je suis venu le lui dire, et il m'a dit que l'article 90 ne me
permettait pas de le verbaliser – d'ailleurs c'est pas le bon article – et
ensuite il m'a empêché de poser l'amende... Alors ensuite il est venu
au poste et a vociféré... Il n'a pas voulu comprendre.
Le Président:
Bien. En l'absence de monsieur N., pas d'autres questions. Monsieur
l'agent, merci, votre audition est terminée.