«A l'aide. Nous ne recevons plus que la TSR!»
Depuis le 1er janvier, Leysin et d'autres communes de la région ne
reçoivent plus que la TSR. Là-haut sur la montagne, on craque.
Tout être humain traverse des moments difficiles dans son existence.
C'est sûr. Certains pourtant peuvent être plus épineux, plus
caillouteux, plus douloureux que d'autres. Comme à Leysin. Depuis le
1er janvier 2005, cette commune, comme Ormont-Dessus, Dessous, et
d'autres ne reçoivent plus que TSR1 et TSR2.
Jusqu'en début d'année, France 2 et France 3 parvenaient encore
jusqu'à ces hauteurs, mais un changement de concessions
internationales les en a privés. Deux ans plus tôt, c'est la Télévision
suisse italienne et la chaîne alémanique qui avaient disparu pour
cause de travaux sur le nouveau réseau numérique d'émetteurs.
«C'est bien simple, lâche Monique, avec la seule TSR comme
distraction, nous voici revenus en 1925.»
«Se contenter de la TSR? Y a quoi sur la TSR? Oui, fâchée, je suis
fâchée! On le serait à moins», se plaint de son côté Yvonne Byrde,
retraitée. Mais elle n'est pas seule à crier misère. Chez les Legendre
où vivent deux jeunes enfants, «ça râle sec». Forcément. A 9 et 12
ans, ils avaient pris l'habitude d'aller sur les chaînes françaises pour y
voir les émissions réservées à leur âge.
Poussé à hue et à dia par ses concitoyens, le conseiller national René
Vaudroz a déposé plusieurs interpellations auprès du Conseil fédéral.
Car si les chaînes ont disparu les unes après les autres, la redevance
elle, n'a pas fondu d'un franc. «Libre à chacun de se munir d'une
antenne parabolique», a rétorqué le Conseil fédéral. Mais tout le
monde n'en a pas les moyens. Du coup, la fronde s'organise. Yvonne
Byrde ne paie plus que la part RSR de la redevance. «Je refuse cette
loi du "paie et tais-toi"». Au greffe municipal de Leysin, Bernard
Hisenschmid soutient tous ceux qui veulent faire pareil – «Et il y en a
des wagonnées.» Bien sûr, on leur promet qu'en juin, les deux autres
chaînes nationales réapparaîtront sur leur écran. «Mais on nous a trop
promis sans suite. Nous, on vit du tourisme. Vous croyez qu'on peut
attirer beaucoup de monde avec une seule chaîne romande?»
Béatrice Schaad