L'ÉDITORIAL

Notre dame du mur

ARIANE DAYER

Alors quoi? Devait-elle rester à la maison, trier les dossiers et laver les
tasses à café? A en croire les commentaires politiques et médiatiques,
Micheline Calmy-Rey aurait dû renoncer à son voyage au Proche-
Orient. Entre ceux qui lui reprochent de s'impliquer «dans une affaire
qui ne nous regarde pas» et ceux qui l'accusent d'être revenue «sans
rien», la Suisse balance, incohérente.
Soit, la ministre n'a pas fait la paix à elle toute seule. Comme on
appliquerait une crème antirides. Elle a rencontré des gens, évalué
les besoins humanitaires et politiques. Sous l'oeil avide de médias qui
l'ont dévorée pour mieux la rejeter ensuite, ironisant sur son côté
«glamour compassionnel», sur sa propension à la «diplomatie des
signes».
Depuis quand la diplomatie peut-elle se passer de signaux? Pourquoi
faudrait-il avoir honte, toujours, de ceux qui viennent de Suisse et se
pâmer d'admiration lorsque, le lendemain, les Etats-Unis donnent les
leurs? Que Condoleezza Rice passe après Micheline Calmy-Rey en
Israël ne fait qu'ajouter à la pertinence du voyage de notre ministre.
Un pays est, bien sûr, plus puissant que l'autre mais le parallèle
réside dans la foi, réaffirmée à chaque pas, en la chose politique.
Au diable les comparaisons vestimentaires entre les deux femmes. Ce
qui était beau, formidable, c'est que notre ministre soit sur le terrain
la veille du cessez-le-feu, qu'elle y témoigne de la cohérence
gouvernementale, déjà ancrée dans le soutien à l'Initiative de
Genève. Qu'elle donne le sentiment, enfin, que la Suisse est du
monde quand il bouge. Comme elle l'a fait au Darfour, dans l'Asie de
l'après tsunami, ou en Corée. Grâce à elle, les affaires étrangères
existent, elles sont devenues, enfin, un enjeu.
Aux yeux de l'histoire, le ricanement blasé n'est jamais une solution.
Lorsque Micheline Calmy-Rey s'agenouille à Yad Vashem, qu'elle
s'emballe comme une icône pour entrer dans une mosquée, qu'elle
passe devant le mur de séparation ou celui des lamentations, un peu
de nous tremble et marche avec elle. Soudain nous sommes aussi de
cette part-là du monde, celle qui a mal. Plus vrais, moins petits.

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