LA LETTRE

Véronique Pürro, mon ange

TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN

Véronique Pürro, mon ange, tout pourrait me plaire chez toi.
L’entrain, le culot, la passion politicienne, l’ambition, tout devrait
me plaire et pourtant tout ne me plaît pas. Il demeure une légère
suspicion, un très discret soupçon de vide abyssal. C’est
l’annonce de ta candidature au Conseil d’Etat genevois qui
m’amène à te le dire, Véronique: vouloir le pouvoir pour soi et la
majorité pour le PS ne suffit pas totalement à justifier une
candidature. Il faut aussi un projet. Et je n’ai rien entendu ni lu
de tel jusqu’ici. Juste cette amorce d’explication dans une
comparaison curieuse entre ta personne et celle de la Vaudoise
Anne-Catherine Lyon: «Qui aurait pu prédire qu’elle réussirait
avant moi? A l’époque où nous militions ensemble, c’est à moi
qu’on prédisait un grand avenir.»

L’approche, tu en conviendras, est un peu courte.

D’abord parce qu’accéder au Conseil d’Etat n’est pas une
réussite en soi. Encore faut-il y être bon. Anne-Catherine Lyon
l’est. Ni Charles Beer, boy-scout propret et velléitaire, ni Laurent
Moutinot ne le sont. Il n’est pas certain que tu saurais l’être non
plus: la haute conscience que tu as de ta valeur ne suffit pas.
Micheline Spoerri par exemple se juge volontiers brillante: son
bilan n’en demeure pas moins calamiteux. Avec mes excuses,
chère âme, je te vois plus proche de l’inepte libérale que de ta
camarade vaudoise.

Un peu court ensuite parce qu’une jalousie ne fait pas un
programme. J’ignore qui a pu te prédire, à l’époque où tu militais
avec Anne-Catherine Lyon, un avenir plus lumineux que le sien. A
défaut d’une bohémienne, ce sera sans doute un courtisan, voire
un journaliste, ce qui revient souvent au même. Quoi qu’il en
soit, ce devait être un amateur de formes plus que de fond.
Parce qu’à l’époque déjà, à ton emphase tardivement
adolescentesque et à l’affirmation d’un ego vide et joyeux,
répondait la pondération sèche et efficace d’une Anne-Catherine
Lyon réellement brillante.

Tu parlais de toi; elle préparait ses dossiers.

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