Ça pète le feu à macholand
Les élections n'y changeront rien: il n'y aura pas de femme au
Gouvernement valaisan. Ni en mars, ni après. Au royaume des
machos, les cow-boys deviennent de plus en plus vaches.
TEXTE: NATHALIE DUCOMMUN ET ARIANE DAYER
Le Valaisan, c'est pas qu'il a des poils partout, mais faut pas non plus
le prendre pour une lavette. Il ne va pas tout raser sous prétexte que,
sans candidate pour les élections au Conseil d'Etat, il passe pour le
dernier phallocrate de Suisse. D'ailleurs Wilhelm Schnyder n'aime pas
le mot. Il escalade des deux mains un petit Cervin imaginaire,
légèrement dégoûté: «Phallocrate, ça fait phallus, c'est pas joli.»
Dernier canton romand sans ministre au féminin, avant-dernier de
Suisse en matière de représentation au Grand Conseil (13,1%
d'élues), le Valais vient de transformer le Bureau de l'égalité en
bureau de la famille. En dehors de la Vierge Marie, fait pas bon être
une femme à macholand! Il reste bien une poignée de féministes sur
le retour, mais elles sont découragées par les candidates «grillées».
Cette fois, elles n'ont mis en lice que la virtuelle Lilith. «Je ne sais pas
comment on en est arrivé là», fait mine de regretter le radical Léonard
Bender. «Contrairement à ce que véhiculent les clichés, il n'y a pas eu
de complot monté par les trois présidents de partis, un soir de
carnotzet, autour d'une raclette et d'un verre de fendant, pendant que
nos femmes vaquaient à leurs tâches ménagères. J'affirme
catégoriquement que c'est faux.» Effroyablement sympathique,
comme tous les autres, il s'esclaffe, il tape l'épaule, il tutoie... on
aimerait tellement rire avec lui. Las, dès qu'un Valaisan veut sortir des
stéréotypes, il saute dedans à pieds joints. Quand Eddy Duc s'assoit à
la table, il ne rate pas le coche: «Bonjour Mesdemoiselles, installonsnous
ici, c'est la table où je vire mes secrétaires!» C'est peut-être
l'une des explications du retard social: comment entrer en rupture
avec quelqu'un qui vous fait tellement rire à l'apéro? La socialiste
Liliane Andrey, réputée «terrible», concède: «Je veux que la cause
avance. Mais moi, j'aime les hommes. Les femmes aussi d'ailleurs.»
Il n'y aura pas de conseillère d'Etat en 2005, probablement pas non
plus en 2009. Pourquoi changer une équipe qui gagne depuis deux
mille ans? Aucun politicien considère que cela soit grave. A témoin,
Jean-René Fournier: «Faut pas exagérer, le pays s'en est sorti jusque
là.» La majorité s'accommode. La meilleure preuve en est le boulevard
ouvert au candidat Jean-Michel Cina, «ladykiller» de Ruth Metzler, qui
barre aujourd'hui la route à Viola Amherd. Tueur de femmes? Il ne
pense pas que l'étiquette le desserve: «Je la refuse: si les femmes
avaient toutes soutenu Ruth Metzler, elle aurait été élue.»
La révolution des soutiens-gorges n'est pas pour aujourd'hui. Il faudra
déjà un siècle pour avaler celle de 1997, lorsque le socialiste Peter
Bodenmann ravissait une place au PDC, instaurant une nouvelle règle
sacro-sainte: le 3-1-1 (3 PDC, 1 PRD, 1 PS). Certains évoquent un
changement de système: le passage à la proportionnelle, un Conseil
d'Etat à sept, des quotas... Tu peux siffler Ramona, comme on dit làbas!
Pour Cilette Cretton, les choses n'avanceront pas tant que les
électrices «font passer la loyauté au parti avant la solidarité
féminine». En attendant, il faudra bien que les candidates en chair et
en os continuent à aller au casse-pipe. La radicale précise: «Je ne
parlerais pas de sacrifice, mais plutôt de piqûre de rappel. Je crois les
Valaisans capables de provoquer, un jour, un accident.» Un accident,
ce serait donc le seul rêve possible. L'avènement d'une femme après
le crash de mille autres. Bienvenue à macholand.