SPÉCIAL VALAIS

Lilith, c'est bien cette chienne
sortie de l'enfer?

TEXTE: NATHALIE DUCOMMUN ET ARIANE DAYER

Il y en a qu'elle fait frissonner d'épouvante, comme le conseiller d'Etat
PDC Jean-René Fournier: «La Lilith, comme bon conservateur, je ne
l'aime pas du tout.» Il faut le bousculer pour comprendre pourquoi,
tant le dégoût le submerge: «Cette ogresse mangeuse d'hommes,
immorale, bombe sexuelle...», il en oublie ses verbes. Et puis, il y en a
d'autres que Lilith fait exploser de bonheur, un bon gros rire de
soulagement, comme le socialiste Thomas Burgener, qui ne croise
plus une femme sans lancer: «En voilà une vraie, pas une virtuelle, ah,
ah!» Il faut dire que, depuis que les femmes du groupe Anti-Mythes
ont annoncé que leur candidate Lilith ne serait qu'informatique, il
respire mieux: celle-ci, elle ne va pas lui piquer trop de voix.
L'autre lundi, les fusils à pompe braqués, ils attendaient tous le nom
de la candidate, comme le confirme Anne-Christine Bagnoud: «Ils se
réjouissaient d'avoir quelqu'un à massacrer.» Prêts à tirer à vue,
donc, mais surtout anxieux de devoir retoucher leur stratégie
électorale. On a beau savoir qu'une outsider n'a aucune chance,
mieux vaut quand même recommencer les calculs. C'est là qu'est
arrivée Lilith, sexuellement détestable, certes, mais si
magnifiquement inoffensive. Ils n'en pouvaient plus de joie.
Au sommet de la pyramide de l'extase, Léonard Bender, le président
radical. Il commence dans une apparente gravité, penchant la tête:
«Je dois vous dire, hélas, que Lilith a fauté.» Puis il monte en vrille,
déchaîné: «Elle a une tache, un passé, que dis-je, un casier judiciaire:
en 1999, Lilith et les militantes d'Anti-Mythes ont voté pour un
homme, Thomas Burgener.» Matois, il concède: «Evidemment, il y
avait des circonstances atténuantes: opter pour Chantal Balet eût été
impossible. C'est bien une femme, ça tout le monde s'en était aperçu.
Mais c'est surtout l'incarnation du capitalisme international, de
l'impérialisme bourgeois, pensez-donc!» Ne lui rappelez pas que le
groupe Anti-Mythes manque de moyens: «C'est une explication
imbécile. Il n'est pas antidémocratique de devoir mener une
campagne auprès des citoyens. Ça n'attente en rien à la pureté des
devoirs féministes. Les hommes se débrouillent, Lilith n'a qu'à se
démerder. Qu'elle se bouge!»
Pour Jean-René Fournier aussi, Lilith pêche à gauche: «Elle dessert la
cause des femmes parce qu'elle ne fait pas le découplage,
indispensable en Valais, entre gauche et féminisme.» Un autre PDC
s'élève contre le «pseudo-syncrétisme de cette guignolerie qui
mélange féminisme, altermondialisme, droits des homosexuels et des
sans-papiers». Reste une critique sérieuse, cette fois portée par les
deux sexes, celle qui dénonce la virtualité de Lilith, un «crime de lèse-
majesté électoral»: «La politique n'est pas un joujou, un amusement.»
Cilette Cretton, elle-même, admet que «tous les moyens sont bons,
même l'humour», mais elle regrette l'absence d'une véritable
candidate: «Ça aurait plus d'allure. En politique, il faut aller jusqu'au
bout et payer.» Le fougueux Léonard Bender fait mine – ça ne mange
pas de pain – de regretter l'absence d'une «volonté de rupture» qui lui
aurait joyeusement compliqué la vie: «Si au moins Lilith avait appelé
au boycott de l'élection, il y aurait eu une logique.» Le PDC Eddy Duc
résume bien l'hilarité générale: «Leur candidate virtuelle, c'est bien:
même les Africains pourront voter. Mais attention, ils sont fichus
d'élire des hommes!»

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