SPÉCIAL VALAIS

Macho, moi?

TEXTE: NATHALIE DUCOMMUN ET ARIANE DAYER

Cette histoire de femmes en politique, Jean-René Fournier, ça le rase.
«Je ne veux pas dire qu'on est macho, mais...» – paupières lourdes et
le «mais» qui traîne – «...quand même, ça nous fatigue.» «Ça»? Les
féministes, voyons! Les antichoses, «toujours les quinze mêmes qui
reviennent.» Et avec elles, toutes ces histoires de sexes, d'égalité, de
promotion de la femme. Pfff... Lassant, inintéressant, éreintant au
possible. En période de campagne électorale, pourtant, il faut bien se
résigner à dire quelque chose. Avoir un avis correct sur la question.
Alors, «on dira que l'aspect intéressant, c'est la présence du débat...»
Pause. Et apothéose: «Même si des fois, ça nous scie la caramel!»
Il ne veut peut-être pas dire qu'il est macho, d'un coup direct, le
président du conseil d'Etat valaisan, mais si on pouvait faire comme si
ce problème qui n'en est pas un n'existait pas, ça l'arrangerait bien.
«Plus on en parle, moins on fait avancer les choses», dit-il. D'ailleurs,
au fond, la discrimination des femmes, il n'y a franchement pas de
quoi en faire un fromage. Tenez: «Il existe d'autres iniquités en Valais.
Pas que celle des femmes. Le Valais central par exemple, il ne
bénéficie que d'un seul conseiller d'Etat alors qu'il représente 51% de
la population du canton.» C'est vrai ça, de quoi elles se plaignent ces
bonnes femmes?
Léonard Bender, quant à lui, ne s'encombre pas de considérations
bassement géographico-arithmétiques. C'est un homme qui aime
prendre de la hauteur. Et dans sa grandeur humaniste, il préfère
élever le combat des femmes au statut de «cause individuelle». C'est
beau. Pas macho, le radical, puisque «ouvert sur le monde», lecteur
du Monde depuis l'âge de 14 ans, et «grand défenseur des droits de
l'Homme»! Mais attention, ne mélangeons pas les serviettes et les
torchons. Pas de place pour la philosophie en politique: «Le féminisme
est une cause individuelle, et je ne sacrifierais jamais la démocratie
pour une cause individuelle.»
Dans les rangs moins conservateurs du PDC, le traditionnel credo du
«ni plus, ni moins, bien au contraire» l'emporte. Le machisme? Une
échelle de valeur plutôt qu'un vilain défaut. Nos braves élus se situent
alors volontiers «dans la moyenne». Vous savez, «dans la moyenne»,
là où c'est tiède et où il fait bon se nicher durablement. D'autres
poussent l'analyse et précisent: «Macho le Valaisan? Oui et non. Il faut
nuancer.» «Moi? Pas plus qu'un autre», ose enfin le chef de ligne Jean-
Michel Cina, réputé «ladykiller» depuis l'éviction de Ruth Metzler du
Conseil Fédéral.
À les entendre, rien de bien méchant – pardon – de bien macho, chez
le Valesco. D'ailleurs, s'il avait pu «coacher une femme, la placer
jusque tout en haut», Eddy Duc, ancien président PDC du Valais
romand, aurait été un homme heureux. Comblé. «Vous vous rendez
compte de la pub que ça nous aurait fait?! La première femme
conseillère d'Etat grâce au PDC!» Il en a rêvé... Comme le rêve d'un
père pour son petit.
Mais si les machos, les vrais, ce ne sont pas vous, messieurs, alors qui
sont-ils? À la question, Jean-Michel Cina sèche. «Je ne sais pas... Je ne
connais pas assez les curriculum vitae de chacun.» Ben mince alors.
Dire qu'on a sillonné le pays en 4x4 à la recherche de la nouvelle star
ès macho, alors qu'il suffisait simplement de se faire faxer les C.V.!
Mais dites-nous, monsieur Cina, quel est l'usage? Inscrit-on le
qualificatif directement en en-tête: «Marié, macho, trois enfants»? Ou
glisse-t-on la chose plus subtilement sous une rubrique particulière:
«Hobby», «réussites professionnelles» ou «formation continue»?

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