C'est quoi une Valaisanne?
TEXTE: NATHALIE DUCOMMUN ET ARIANE DAYER
Il y a les féministes qu'on ne comptera pas. «Je suis persuadé qu'elles
ne représentent pas la gent féminine du canton et c'est tant mieux»,
résume Jean-René Fournier. «Ne m'assimilez pas à ça!» supplie, quant
à elle, Sonia Métrailler, élue radicale de Martigny. Elles ne sont pas
nombreuses, mais à elles seules, «elles desservent la cause des
Valaisannes!», s'accordent PDC et radicaux, hommes, femmes
confondus.
A l'autre extrême, la femme qu'on admire. «La mienne bien sûr. C'est
mon modèle de femme. C'est elle qui s'occupe de la famille et sans
ses conseils, je n'aurais jamais eu la carrière que j'ai», peut se vanter
le doyen du Conseil d'Etat Wilhelm Schnyder. Et ils sont bien
chanceux, les politiciens valaisans, car ils ont tous une femme
méritante à leurs côtés. Epouse, mère de famille, gestionnaire de
foyer et conseillère en tout genre (sauf d'Etat). Celle de Jean-Michel
Cina a même passé quelques coups de fil pour favoriser la future
élection de Monsieur au Conseil d'Etat.
Au milieu, on trouve «ces dames». Voici les Valaisannes! Les vraies,
celles du cru. Et il ne suffit pas d'aimer la vache d'Hérens pour en
être. Liliane Andrey, vachère qui tente depuis plus de quinze ans de
se faire accepter dans la commune, en sait quelque chose. Elle a
même essayé l'intégration par l'affiliation au groupe «Gym Dames» du
village. Rien n'y a fait. «C'est tellement important pour eux le fait que
je ne sois pas d'ici.» Elle ne passe pas, Liliane Andrey. Elle accumule
une autre tare: celle de revendiquer son sexe. Et cela ne se fait pas.
D'ailleurs, pour les hommes comme pour les femmes, en Valais, on dit
toujours «y»: «Y font ça, y disent ça, y veulent ça.» La Valaisanne? Un
Valaisan comme les autres, voilà tout. En politique, comme partout
ailleurs. «Je ne suis pas d'accord de dire que les femmes doivent voter
pour les femmes», affirme Sonia Métrailler. Avis partagé, même chez
les socialistes, à l'instar de la plus célèbre d'entre eux, Gabrielle
Nanchen: «Je ne veux pas une femme à tout prix. Je préfère un
homme ouvert à la cause des femmes et défendant les idéaux qui
sont les miens qu’une femme d’extrême droite.»
Et puisqu'on parle politique, soyons clairs, la Valaisanne est loin d'en
faire une passion. Ces histoires de politique «suscitent souvent
l'indifférence, juge Sonia Métrailler, la plupart du temps, les
Valaisannes se disent "c'est n'importe quoi!"» Avec Cilette Cretton,
c'est l'expérience qui parle: «Lors de la campagne il y a quatre ans, je
me souviens de ces dimanches, quand j'aurais voulu rester à la
maison. Ben non, il fallait se taper un festival! Quelle femme a envie
de ça?»
Et celles qui crochent quand même, alors, pourquoi ne vont-elles pas
jusqu'au bout? «Les secrétaires de partis, on les trouve facilement,
explique encore Sonia Métrailler, mais pour aller plus loin... Elles
disent "je n'ai pas le temps, je ne suis pas capable."» Trouillarde, la
Valaisanne? «Non je ne dirais pas que les femmes en Valais ont peur.
Ça ne leur ressemble pas, explique Eddy Duc pour les avoir beaucoup
fréquentées. Mais c'est vrai qu'elles ne sont pas prêtes à vivre l'échec.
Elles n'aiment pas ça.» Et Cilette Cretton de conclure au sujet d'une
place au Conseil d'Etat: «Et pis franchement, qui a envie d'aller
s'asseoir au milieu de cette équipe?»