L'INFO

Devine qui vient dîner ce soir? Samuel Schmid!

Le président de la Confédération multiplie les visites surprises chez
les Suisses d'en bas. Une priorité nationale?

TEXTE: BÉATRICE SCHAAD

Coup de sonnette dans l'interphone de la caserne des pompiers à
Genève: «Voui, bonjour, c'est Samuel Schmid, vous seriez d'accord de
m'ouvrir? J'aimerais vous rencontrer.» Ce 1er janvier vers 13 heures,
les quelques personnes qui sont de service croient à un gag. C'est
pourtant bien le président de la Confédération qui bat le pavé dans le
froid, tout seul ou presque. Sans escorte, sans chauffeur, juste
accompagné de son chef de l'information. Durant l'année
présidentielle, Samuel Schmid va se pointer sans crier gare dans
toutes sortes de réunions sans garde rapprochée, ni éloignée
d'ailleurs. «En toute simplicité» pour s'éviter les discours et les
officialités; il veut aller toucher le Suisse d'en bas, celui qui souffre et
qui lutte, qui vit la vie, la vraie, «parce que, dit-il, il ne faut pas
s'intéresser qu'aux stars».
Seulement voilà, si l'intention est belle, si la politique devient plus
humaine aux habitants de régions qui ignoraient peut-être jusqu'au
nom de Samuel Schmid, est-ce pour autant une opération prioritaire?
Grandvaux ou Bümpliz, c'est bien, mais la Suisse a méchamment
besoin aujourd'hui que son président se rende sur des fronts où elle
ne compte plus: New York, Bruxelles, la liste est longue. La question
se pose d'autant plus cruellement que l'effort est colossal. Car Samuel
Schmid a vu les choses en grand. Durant son année, il créera la
surprise dans 26 cantons, soit à peu près une sortie toutes les deux
semaines.
Depuis le début de l'année, il y aura donc eu Genève où l'opération a
mis cul par-dessus tête les règles protocolaires. Après avoir ouvert
leur porte au président, les pompiers ont appelé le maire de la ville en
catimini pour ne pas commettre d'impair diplomatique. Pierre Müller
est arrivé ventre à terre mais très en cheveux. Encore tout ému de
son 31 décembre de la veille. «Il n'avait pas pris le temps de mettre
une cravate, raconte Dominique Bugnon, le chef de l'information de
Samuel Schmid, et s'en est platement excusé.» Du coup, qu'a fait
notre président? En grand seigneur, il a tout de go arraché la sienne
«pour se mettre à niveau». On était entre soi pour attaquer l'apéro.
Ensuite il est parti enfiler son gilet pare-balles pour partager le sort
des gardes d'ambassades, puis il a terminé à l'Armée du Salut.
A Boncourt, la surprise a mis sens dessus dessous la caissière du
match de basket Boncourt-Pully. Samuel Schmid s'est glissé dans la
file d'attente totalement incognito. Confite dans la culpabilité, elle a
fini par appeler son président de club, s'excusant d'avoir fait payer sa
place au président de la Confédération comme à un vulgaire pékin.
Enfin, il y a eu Bellechasse où Samuel Schmid a discuté quelques
minutes dans une cellule avec deux prisonniers.
Pourquoi débouler plutôt dans un match de basket que dans une
partie de pétanque? A Boncourt plutôt qu'à Essertines? Qui fait le
choix? L'idée a mobilisé tout le département et chacun y va de sa
petite proposition qu'il verse dans la boîte à idées. «Mais, au bout du
compte, c'est Samuel Schmid qui décide», dit Dominique Bugnon.
Et, côté sécurité, l'opération n'a-t-elle pas vexé les services
responsables du président? Des sorties solo qui se déroulent sans un
pépin au beau milieu de la foule ne prouvent-elles pas l'inutilité des
grandes mobilisations policières qui accompagnent habituellement
ses déplacements? «Franchement, tout le monde joue le jeu. Et on
donne quand même un petit coup de fil aux polices concernées avant
de laisser sortir le président dans des endroits trop périlleux», assure
Dominique Bugnon. De toutes façons, en dernier recours, c'est l'effet
de surprise qui le protège le mieux.»
Sur la prochaine sortie en sournois, les services de Samuel Schmid
sont évidemment motus et bouche cousue. Pensez à bien ranger le
frigo et à faire les sols. Cela pourrait être chez vous.

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