Françoise Gianadda, les escrocs, les coquins
TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN
Françoise, mon atrabilaire, tu as bien fait de ne pas te présenter
au Conseil d’Etat. Il n’est pas certain que les Valaisannes
t’auraient reconnue, il est probable que les Valaisans ne te
l’auraient pas pardonné. Au final, sans doute aurais-tu un peu
troublé l’ordre établi, même sans être élue, et cela justement
t’aurait condamnée. Partout, dans la presse, dans les cénacles,
on n’aurait plus parlé de «Françoise G., la cheffe du Service des
étrangers», mais de «l’UDC Françoise G., au surplus cheffe du
Service des étrangers».
Cela fait toute la différence.
D’abord, parce qu’un fonctionnaire qui applique une loi inique et
raciste est un fonctionnaire zélé; alors qu’un fonctionnaire UDC
qui fait de même est un UDC raciste. Ce que ta hiérarchie et les
députés et la presse pouvaient admettre de la fonctionnaire, ils
ne l’auraient pas toléré de la femme UDC. Du reste, ils avaient
déjà commencé.
Ensuite, ton appartenance partisane aurait, à bon compte, donné
bonne conscience aux Suissesses et aux Suisses, respectivement
aux Valaisannes et aux Valaisans. Devant le soupçon de racisme,
ils auraient vite rétorqué: «Ce n’est pas la loi que nous avons
votée qui l’est, c’est celle qui l’applique» et chacun se serait
défaussé sur toi de sa xénophobie pourtant exprimée dans les
urnes. Du reste, ils avaient déjà commencé.
Enfin, Oskar F., sorte de Poujade au petit pied, au demeurant
fonctionnaire lui aussi, aurait fini de t’instrumentaliser à son
profit. Il se serait attribué tes voix et t’aurait laissée pour compte,
harcelée par ta hiérarchie, critiquée par les députés, contestée
par les membres mêmes de l’UDC. Du reste, ils avaient déjà
commencé.
En somme, chacun aurait utilisé ton nom comme les gens crottés
usent d’un paillasson. C’est souvent cela qui arrive lorsqu’on
approche des escrocs (de la pensée au moins), des menteurs et
des coquins. Ils utilisent vos mots pour leurs larcins avant,
fortune faite, de vous laisser crever.
Vraiment Françoise, tu as bien fait de ne pas y aller.