Jean-Philippe Maître et le cancer médiatique
Jean-Philippe Maître, mon adulé, ce qui t'arrive me touche, mais
je ne comprends pas très bien ce que tu en laisses faire. Ce n'est
pas très gentil de le dire et je ne voudrais pas être mal compris,
mais tout de même, cela me trouble. Avant la maladie, ton bilan
et tes paroles étaient élégants et creux; aujourd’hui, à lire ceux
qui en parlent, ils sont élégants et pleins de ce cancer. Et chacun
s'en émeut et chacun bien sûr m’en voudra; toi le premier peutêtre,
d’exprimer une réserve sur l’appétit des médias à te servir
la soupe. Chacun y trouve son compte sans doute; pas moi. Et
j’attends avec horreur l’émission de télé qui, après l’onctuosité
commerciale de l’Illustré, fera à son tour pleurer dans les
chaumières et grimper son audimat, assise sur ta tumeur.
Je ne sais pas si tu participes à cette cruelle mascarade. Je sais
que je vomis ceux qui inventent aujourd’hui la tumeur peopple et
qui s’en justifient en invoquant le fascisant «droit du public à
savoir»… et surtout à voir.
Quand ils ne se lancent pas dans l’abscons et qu’ils ne justifient
pas leurs envolées boulevardières, en disant - ils le disent déjà -
que ce battage est fait pour sensibiliser les foule: «Non, clamentils
en substance, il n’est pas infamant d’être malade et même un
président du Conseil national peut avoir un cancer.» Ah bon?
Fallait-il être niais pour l’avoir ignoré!
Certains poussent même l’emphase jusqu’à oublier la maladie et
pour s’esbaudir sur l’élégance du malade. Je trouve l’hyperbole
pathétique et révélatrice surtout d’une grande stupeur et d’une
angoisse affreuse devant ce mal qui ronge et qui détruit. Un
horrible effroi qui les fait ses presser, tous, à ton chevet comme
on est porté à ralentir, voyeur sur l’autoroute, en croisant un
accident. En somme, ce qu’ils découvrent avec toi, c’est que ce
pourrait être eux.
C’est ainsi qu’au final, leur ignoble mise en scène et ton
interprétation laissent entrevoir un peu de peur, c’est-à-dire un
peu d’humain; enfin.
J’espère infiniment que pour toi l’humain l’emportera.