«Une combine pour Glion mais j’dis pas»
TEXTE: DENIS MAILLEFER
Bon ben, c’est une période comme ça, pt-être à cause
du printemps, va savoir, le Pape meurt alors que l’hiver
est enfin passé, Rainier meurt quasi en même temps et
on en parle à peine passqu’on a un mort plus connu sur
les bras, les Ferrari avancent pas, on dirait que c’est ma
femme qui les pilote, Glion recommence, et ça va être
le bordel comme l’an dernier, moi je m’en fous j’ai une
combine, une petite route, c’est mon beau-frère qui
habite Roche qui m’a montré mais je dis pas où pas
folle la guêpe de toute façon je vais pas trop en Valais
j’aime pas le Fendant, la marche à pieds encore moins
et tu trouves mainant du bon fromage à raclette sur
Vaud alors pourquoi je me casserais, donc je disais c’est
comme ça tout va mal en ce moment, dit JEAN dans un
accès de pessimisme, bon, moi je suis pas catholique
bien sûr, je suis pas trop église en général, mais c’était
un homme et c’est jamais marrant de mourir, hein, ça
bien sûr on est obligé de dire, et pis faut reconnaître
qu’il avait une sorte de courage, bon bien sûr il en
faisait un peu trop toujours à plat ventre pour un oui ou
pour un non, toujours ces cérémonies ces habits ces
combines de saints et de vierge que nous autres les
protestants on comprend que pouic mais il était
déterminé et ça c’est une chose que d’accord ou pas
avec on doit dire bravo, c’est obligatoire, on peut pas
en dire autant de ces gaillards de Ferrari, ils croient que
t’as gagné une fois, deux fois et pis c’est bon ad
aeternam, eh ben désolé messieurs les becs à maïs ben
c’est pas comme ça que ça marche faut remettre
l’ouvrage sur le métier et avancer passque si tu
avances pas tu finis par reculer c’est bien connu, et en
plus ils se sont fait refiler des pneus que même ta
grand-mère avec sa Punto elle en voudrait pas et ça
doit bien faire marrer les autres, et tout ça serait plutôt
rigolo si c’était pas une bagnole frouze qui gagnait
passque moi je suis ouvert et tout mais la correction
exige de dire que les Bourbakis eh ben ça me fait pas
trop plaisir quand c’est eux qui gagnent, toujours à
frimer et tout le commerce, voilà c’est tout ce que
j’avais à dire, dit JEAN, ça ira mieux quand le printemps
y sera vraiment là passque si cette flotte continue mon
gazon va se transformer en koffia et j’aurai un boulot du
diable pour qu’il ait de nouveau bonne façon.